Skip to content

Billet avec le mot-clef ‘soleil’

Accident

Je dis toujours qu’il n’y a pas de hasard. J’aime croire que les événements ont un sens, que tout est relié. Nul n’est une île. Mon pied cassé. Ma rencontre avec K. Le mauvais timing. Sa peur de l’intimité. Ce nouvel emploi aux défis démesurés. Ce déménagement désastreux sur un coup de tête. Les médecins qui me disent n’importe quoi. Et la fracture du métatarse qui ne se solidifie pas, malgré les mois qui passent. Je ne peux m’empêcher de chercher les raisons. Où ai-je été fautif ? Qu’est-ce que ça signifie ? Aurais-je tort de penser ainsi ?

J’étais enfin seul dans l’appartement. (Cette expérience de colocation n’est pas des plus heureuse. Le quotidien est lourd. Je savoure désormais chaque seconde de solitude.) J’avais pu dormir tard, un événement rare ces derniers mois. J’avais lavé mes draps rouge cerise. Je m’étais installé au soleil sur le balcon pour tremper mes craquelins de riz dans l’humus au poivrons rôtis. Je me sentais curieusement bien. J’étais en train de faire le lit dans ma chambre quand j’ai senti les feuilles du dracaena posé près de la fenêtre me caresser le dos. Je me suis retourné. La plante a basculé doucement, le pot est tombé sans bruit. Les tiges amortissant la chute. Mais en touchant le sol, le pot s’est brisé en trois morceaux. Et la terre s’est étalée sur le plancher comme l’univers après le big bang. Je suis resté figé. Un pourquoi dans les yeux. Poursuivre la lecture

Lumières d’automne

Le soleil ne s’aventure plus très haut. Et le ciel, le matin, est traversé de voiliers d’outardes. L’or des frênes enlumine les trottoirs et les pelouses. Il tombe en averse au-dessus de la piste cyclable. Le froid s’immisce par la fenêtre ouverte, ce froid dont j’aime retrouver les frissons. En écoutant des Polonaises de Chopin, dans cet automne qui danse, je savoure mes maigres victoires. Mon pied qui revient à la vie et retrouve peu à peu sa force et son élasticité. Le corps malmené par le stress qui redécouvre le plaisir de jouer et de bouger. Guillaume m’a appris à me dépenser sans courir, sur le rameur ou avec des poids libres, en équilibre instable sur des ballons plats. Avant de partir pour New York, Pierre m’a même entraîné à la piscine. C’était le soir de l’équinoxe. Poursuivre la lecture

Delightfully

Les adieux me tuent. Mais ils ne peuvent m’arracher ces instants. K m’a amené à la piscine secrète. J’avais la semaine dans le corps et je lui avais demandé de me donner un peu du feeling de ses vacances. « Fine ! » qu’il a dit. Plonger, folâtrer dans l’eau claire, au creux des bras de la montagne. Déposer enfin ma tête sur le gazon et remercier mille fois le soleil pendant qu’il salue, en se glissant derrière les arbres. Je l’avais rejoint en sortant du bureau. Il avait apporté des serviettes et il m’attendait au pied de l’ange avec son sourire sincère. Poursuivre la lecture

Pouding chômeur

« Profites-en ! C’est rare qu’on ait la chance de prendre un temps d’arrêt dans nos vies tumultueuses » m’a dit Dan, l’homme du cocktail. Ça a l’air si simple. Je suis juste pas doué pour l’immobilité. C’est écrit dans le ciel que je ne devrais pas revoir cet homme. Quand je lève les yeux, le mot « pattern » clignote en néons rouges. Mais je n’y peux rien, chaque cellule de mon corps aspire à baigner de nouveau dans sa chaleur. On est différent. Lui ne se pose pas de questions. Il s’amuse des miennes qui montent à heures régulières comme les marées. Il y répond, patiemment. Il n’est pas libre, mais il est là, toujours. Poursuivre la lecture

Dolce Vita

Le chant d’un oiseau et celui des cigales vibrent dans l’air par intermittence. Je suis étendu contre les racines d’un marronnier. Mes yeux s’égarent en chemin vers la cime. Entre les branches raides, les feuilles captent la lumière en couches successives. Je me perds dans ce vitrail subtil et mouvant. À chaque retour de la brise, le feuillage scintille en frémissant. La fraîcheur est une caresse. Comme si le bleu du ciel s’approchait pour m’effleurer.

Le roman de Guillaume Vigneault, Carnet de naufrage,  posé tout près de moi, je ferme les yeux. Et je savoure la fluidité de ces mots qui s’effacent complètement pour laisser place à la vie et au désir. Je me dis que je ne saurai jamais écrire, mais ce n’est rien de grave. Les insectes s’affairent avec urgence dans les effluves sucrés du trèfle. Une fourmi court sur ma page dans une totale indifférence puis se lance dans l’escalade d’un brin d’herbe. Rien n’a d’importance. Que la droiture du pin gris qui fonce, immobile, vers le ciel. Que le monarque qui bat de l’aile contre le vent.
Poursuivre la lecture

L’ange gardien

La distance de ma longue sortie hebdomadaire diminuait cette semaine à 19 km. (Avant d’augmenter de nouveau à 29 km, dimanche prochain.) Heureusement, la canicule s’est calmée et les températures sont revenues à la normale : autour de 20 °C avec un petit vent bien agréable. Depuis des semaines, le temps est au beau fixe. J’avais pris l’habitude d’alterner marche et course pour les longues sorties (10 min course, 1 min marche). J’ai décidé, pour celle-ci, de couper une pause sur deux et de n’arrêter qu’aux buvettes.

Sur la piste Des Carrières, j’ai dépassé un coureur, un grand brun dans la trentaine qui portait le t-shirt bleu pétrole du Marathon de Montréal 2009 et un sac à dos rouge. À l’abreuvoir, au bout de la piste, il m’a dépassé à son tour. Je me trouvais donc derrière lui en arrivant à l’intersection de la rue Clark, où il a bifurqué. J’ai eu l’intuition que je devais le suivre. J’ai hésité et j’ai plutôt opté pour mon chemin habituel, sur le trottoir, de l’autre côté de Clark. En passant sous le viaduc, j’ai réalisé que son trajet était plus efficace que le mien, ce qui lui a donné quelques coins de rue d’avance. Mais j’apercevais toujours son sac à dos rouge, comme un repère devant moi. Comme ma vitesse était légèrement supérieure à la sienne, je me rapprochais. J’ai décidé de le suivre. C’était presque reposant de ne plus avoir à se soucier du trajet. Jusqu’à ce que je réalise qu’il remontait vers l’ouest. Peut-être n’allait-il pas au Mont-Royal. J’ai emprunté une rue tranquille, pour reprendre vers le sud en direction de la montagne.

Mais arrivé à l’entrée du parc Jeanne-Mance, je l’ai de nouveau aperçu, à une centaine de mètres devant moi. Tout le long de la montée, je le perdais de vue périodiquement, puis je l’apercevais au détour des boucles du Chemin Olmsted. Je me suis dit que c’était peut-être mon ange gardien. Le sac à dos rouge, au loin, était le signal que je ne devais pas lâcher et que tout irait bien. Ma vitesse diminue toujours dans la montée, particulièrement au début, où elle est plus prononcée. Je me suis concentré sur ma posture et sur la constance du rythme en savourant l’ombre bienfaisante des arbres immenses.

Au sommet, il a fait un arrêt au chalet de la montagne pendant que j’arrêtais à la buvette et il a fait la boucle de la croix en sens inverse. Je l’ai donc croisé environ à mi-parcours. Il y avait un vent frais qui soufflait loin au-dessus de la ville. Et j’ai entamé la descente en me disant qu’il devait être pas très loin derrière moi. De retour au bas de la montagne, je me suis arrêté pour marcher les derniers mètres. Il m’a alors de nouveau dépassé. Je me suis lancé derrière lui dans le parc Jeanne-Mance, puis sur la rue Clark. Mes 19 km ont été atteints, à l’intersection d’une petite rue du Mile-End, devant un dépanneur, une poissonnerie portugaise et une station Bixi. Je me suis acheté un lait au chocolat (le meilleur ratio sucre/protéine pour la récupération, pour la modique somme de 1.89 $). J’ai reconnu le caissier, un peu enrobé. C’est l’une des drag-queens vedettes du Faggity Ass Friday. (J’ai oublié son nom.)

Je suis rentré en bixi. J’étais très fier, de ce 19 km. Environ 1 h 42, mon meilleur rythme au kilomètre pour une aussi longue distance. Je n’ai eu que quelques douleurs dans le dernier kilomètre. Un peu d’inflammation dans un genou, ce qui m’inquiète un peu. Je vais devoir ajouter quelques exercices pour renforcer les stabilisateurs du genou et appuyer un peu plus sur les étirements.

monument à sir george-étienne cartier, parc du mont-royal, montréal

Mon ami Bixi (6)

J’ai l’air d’Atomas avec mon casque sur la tête. Il faut ce qu’il faut ! J’ai voyagé tête nue depuis le début du printemps. Mais j’ai tellement entendu d’histoire d’horreur. J’avais dit à Hugh : « It’s because, it messes my hair. » Alors il m’a raconté la fois où en roulant lentement, seul, le long d’une clôture, son guidon a accroché les mailles et il a plongé, tête première, sur un muret de béton. Sans casque, il roulerait en fauteuil, aujourd’hui.

Et tous les cyclistes que je connais m’ont relaté LA fois où ils ont été percutés par une portière qui s’ouvre. Depuis j’essaie de garder une distance (Vélo Québec recommande un mètre, ce n’est pas toujours possible.) Et je scrute les rétroviseurs. Mais avec les reflets, on n’y voit rien. Dans la plupart des histoires de portière, le conducteur ne s’excuse pas. Il considère que c’est la responsabilité du cycliste de prévoir le moment où il sortira ses fesses de son siège-baquet. Arrivera bien le jour où une portière me projettera sur l’asphalte. J’espère que je serai casqué, ce jour-là.

Bixi n’est pas toujours aussi pratique que je l’aurais pensé. Lorsque je sors du travail et que le soleil est au beau fixe, la station est immanquablement vide. Quand il fait beau, tout le monde veut rouler à bixi. Comme il y a peu de stations dans l’est de la ville et que j’habite tout près, je marche. Mais pour les sorties impromptues, les retours en fin de soirée, ce système est vraiment génial. (Avec les taxis que j’ai économisés, j’ai payé mon abonnement trois fois.) L’autre jour, j’ai failli attraper un vélo de Melbourne. Cette campagne de marketing a fait jaser dans mes réseaux : des vélos de Londres, Washington et Melbourne (tous fabriqués à Chicoutimi au Saguenay) ont été disséminés dans les stations montréalaises. Ils sont très colorés et j’aurais bien aimé essayer un bixi flambant neuf. La flotte montréalaise à déjà plus de trois saisons dans le corps. Et souvent, ça s’entend.

Melbourne Bike Share - State Library of Victoria
Bixi à Melbourne

Deux par deux

Les jours se suivent sans se ressembler. Heureusement, sans doute. On se détache et on pleure, mais au bout du compte on y gagne (à cause de la couleur du blé, dirait Saint-Exupéry). Il y a des jours où les menus bonheurs s’accumulent. Ils s’additionnent jusqu’à peser trop lourd. Le balancier tremble et s’engage dans l’autre direction. Suffit de s’accrocher, car il revient toujours.

J’avais peur du lundi. Le retour au travail. Mais la journée fut productive. J’ai pu faire ce que je préfère et ce que je fais le mieux. Je suis parti tôt, assez pour profiter de la clarté et courir dans le jardin avant la fermeture des grilles. La neige est damée, les sapins complètement recouverts de lourdes chapes blanches et le ciel passe très lentement du rose clair au bleu royal. Ce paysage scintillant est tellement magnifique que j’en oublie complètement la fatigue. Le gardien m’a chicané. J’ai joué l’imbécile qui ne savait pas. Je suis rentré au chaud, chargé d’endorphine. Alors que j’avais fait le deuil de l’homme de la lune, c’est lui qui m’appelle comme si de rien n’était. Il me propose d’aller au cinéma à la fin de la semaine. Et je dis oui. Je sais que si son ambivalence m’irrite royalement, c’est qu’elle est à l’image de la mienne. Je ne peux pas lui en vouloir. Journée trop pleine. Je me suis senti trop bien. Je n’arrive pas à trouver le sommeil, rien n’y fait. J’ai peur du mardi.

J’ai parfois des réflexions en anglais. L’animatrice du podcast The Signal a une théorie sur les bad days. Je n’y ai rien compris. Mais j’ai cherché longtemps comment on pourrait traduire cette expression en français, sans en perdre tout le sens. Mardi fatigué, je m’éparpille et je n’arrive à rien de bon. Tout va de travers. Le directeur est à peine rentré de Paris qu’il nous envoie déjà des courriels pour nous mettre des bâtons dans les roues. Il n’aime pas le traiteur que l’on a choisi pour le prochain vendredi-causerie. Il préfère le Saint-Hubert, mais il nous laisse le choix… Personne ne dira un mot et on mangera du Saint-Hubert, bien entendu. Enfin eux, mon végétarisme a tendance à s’endurcir récemment. Et le poulet industriel Saint-Hubert, une fois par année, ça me suffit. El Poblano s’en va passer la semaine au Mexique. Je l’appelle « Patron » et ça le fait rire. Et le faire rire me fait sourire. Quand je me croise dans le miroir, je me jette un oeil mauvais. Je pars encore plus tôt ce jour-là. Et ce soleil de printemps qui dore cette neige d’hiver me donne envie de m’arrêter et de prendre une grande respiration.

The world in white