Accident
Je dis toujours qu’il n’y a pas de hasard. J’aime croire que les événements ont un sens, que tout est relié. Nul n’est une île. Mon pied cassé. Ma rencontre avec K. Le mauvais timing. Sa peur de l’intimité. Ce nouvel emploi aux défis démesurés. Ce déménagement désastreux sur un coup de tête. Les médecins qui me disent n’importe quoi. Et la fracture du métatarse qui ne se solidifie pas, malgré les mois qui passent. Je ne peux m’empêcher de chercher les raisons. Où ai-je été fautif ? Qu’est-ce que ça signifie ? Aurais-je tort de penser ainsi ?
J’étais enfin seul dans l’appartement. (Cette expérience de colocation n’est pas des plus heureuse. Le quotidien est lourd. Je savoure désormais chaque seconde de solitude.) J’avais pu dormir tard, un événement rare ces derniers mois. J’avais lavé mes draps rouge cerise. Je m’étais installé au soleil sur le balcon pour tremper mes craquelins de riz dans l’humus au poivrons rôtis. Je me sentais curieusement bien. J’étais en train de faire le lit dans ma chambre quand j’ai senti les feuilles du dracaena posé près de la fenêtre me caresser le dos. Je me suis retourné. La plante a basculé doucement, le pot est tombé sans bruit. Les tiges amortissant la chute. Mais en touchant le sol, le pot s’est brisé en trois morceaux. Et la terre s’est étalée sur le plancher comme l’univers après le big bang. Je suis resté figé. Un pourquoi dans les yeux. Poursuivre la lecture





