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Billet avec le mot-clef ‘solitude’

Accident

Je dis toujours qu’il n’y a pas de hasard. J’aime croire que les événements ont un sens, que tout est relié. Nul n’est une île. Mon pied cassé. Ma rencontre avec K. Le mauvais timing. Sa peur de l’intimité. Ce nouvel emploi aux défis démesurés. Ce déménagement désastreux sur un coup de tête. Les médecins qui me disent n’importe quoi. Et la fracture du métatarse qui ne se solidifie pas, malgré les mois qui passent. Je ne peux m’empêcher de chercher les raisons. Où ai-je été fautif ? Qu’est-ce que ça signifie ? Aurais-je tort de penser ainsi ?

J’étais enfin seul dans l’appartement. (Cette expérience de colocation n’est pas des plus heureuse. Le quotidien est lourd. Je savoure désormais chaque seconde de solitude.) J’avais pu dormir tard, un événement rare ces derniers mois. J’avais lavé mes draps rouge cerise. Je m’étais installé au soleil sur le balcon pour tremper mes craquelins de riz dans l’humus au poivrons rôtis. Je me sentais curieusement bien. J’étais en train de faire le lit dans ma chambre quand j’ai senti les feuilles du dracaena posé près de la fenêtre me caresser le dos. Je me suis retourné. La plante a basculé doucement, le pot est tombé sans bruit. Les tiges amortissant la chute. Mais en touchant le sol, le pot s’est brisé en trois morceaux. Et la terre s’est étalée sur le plancher comme l’univers après le big bang. Je suis resté figé. Un pourquoi dans les yeux. Poursuivre la lecture

Le petit poucet

Les souvenirs sont charriés par le vent avec les parfums de l’automne. Ils se déposent en moi ou s’incarnent dans mon présent pour être rejoués devant mes yeux.

Elle est belle ma physiothérapeute avec son sourire gourmand. Sa chevelure est sombre, comme les cheveux de ma mère lorsque j’étais enfant. Mais aujourd’hui, je la sens absente, fatiguée. Je suis inquiet. Les douleurs sont disparues, les raideurs s’atténuent, mais sur les radiographies, l’os ne semble pas se recalcifier. Il est presque impossible de voir la différence entre la première et la dernière radio. Mon médecin, lui, s’en fout complètement. Comme il se fout de mes inquiétudes au sujet du changement de médicaments. Je ne sais plus vers qui me tourner. Je suis à la recherche d’un nouveau médecin. Poursuivre la lecture

Lumières d’automne

Le soleil ne s’aventure plus très haut. Et le ciel, le matin, est traversé de voiliers d’outardes. L’or des frênes enlumine les trottoirs et les pelouses. Il tombe en averse au-dessus de la piste cyclable. Le froid s’immisce par la fenêtre ouverte, ce froid dont j’aime retrouver les frissons. En écoutant des Polonaises de Chopin, dans cet automne qui danse, je savoure mes maigres victoires. Mon pied qui revient à la vie et retrouve peu à peu sa force et son élasticité. Le corps malmené par le stress qui redécouvre le plaisir de jouer et de bouger. Guillaume m’a appris à me dépenser sans courir, sur le rameur ou avec des poids libres, en équilibre instable sur des ballons plats. Avant de partir pour New York, Pierre m’a même entraîné à la piscine. C’était le soir de l’équinoxe. Poursuivre la lecture

Stress

C’est un été de maux de ventre et de maux de tête. Les maux de ventre reviennent presque tous les jours, dès que je mange, en fait. Je saute des repas lorsque je veux prendre une pause. J’ai changé l’horaire de prise des médicaments pour voir s’ils sont en cause. Les maux de tête apparaissent au travail en fin de journée et il s’aggrave au fil de la semaine. Les nausées semblent liées aux maux de tête. J’ai l’impression que je ne supporte plus la chaleur. La canicule dure depuis des mois. C’est un cercle vicieux dans lequel je glisse. J’ai du mal à dormir. J’ai tenté les somnifères, ça a fonctionné pour quelques jours puis les insomnies sont réapparues. Il aurait fallu que j’augmente la dose, j’ai préféré la réduire graduellement, faire un sevrage. Poursuivre la lecture

Le fix

Pour moi, les hommes sont une drogue dure, héroïne, cocaïne. Quand je pratique l’abstinence pendant plusieurs semaines, j’arrive à atteindre un certain équilibre que l’on pourrait confondre avec le bien-être. Mais il me faut éviter toutes tentations. Marcher les yeux fermés. La libido s’assoupit, graduellement. Je deviens un cerveau sur pieds, trimballé dans un corps d’enfant trop grand. Mais arrive toujours un moment ou l’autre où je croise le regard d’un homme. Suffit que le sort et la malchance se liguent contre moi et je tombe dans le piège de ses yeux, de sa peau, de son sexe.

Je n’ai qu’à entrer pour plus d’une minute dans la chaleur d’un homme pour connaître un high incroyable. Je me sens revivre. Une nuit complète et le monde entier vibre dans les basses. Quand je devine le désir de cet homme, j’ai tout à coup le droit d’exister dans la lumière. Je passe du rien au tout. Même mon reflet dans le miroir est transfiguré. Je prends un sérieux coup de jeune. Poursuivre la lecture

Le goût de courir

J’ai commencé à courir pour conjurer la mort. Je me sentais couler. Je me noyais lentement dans le silence. Je lisais Guérir de David Servan-Schreiber. Il présentait la course à pied comme un antidépresseur aussi efficace que la médication, sans effets secondaires, mais aux bénéfices nombreux. À l’époque, j’avais un husky qui soupirait d’ennui dans le salon. Je vivais dans une ville morte perdue dans des champs de luzernes, de maïs et de soya. Seul, dans un couple qui s’étiolait. Poursuivre la lecture

L’héritage de la perte

Je me relève très lentement des attaques de ce virus qui m’a terrassé pendant plus d’une semaine. J’ai perdu du poids. Je suis épuisé. Je dors en lambeaux. Je fais des rêves coup-de-poing. Dans l’un d’eux, je revisite mon enfance. C’est un stationnement, du béton mur à mur, où je suis totalement seul. J’ai beau me déplacer d’un coin à un autre, je ne vois que du vide. Pas le moindre brin d’herbe. Il n’y a pas âme qui vive.

Au fil des années, le temps a aiguisé ma solitude. Elle m’est devenue refuge. Je l’ai peuplé de mes chimères et je n’y suis jamais seul. Je l’ai connue confortable et rassurante. Poursuivre la lecture

À l’abri des regards

La vie suit son cours. Souvent interminable, parfois trop court. Toujours imprévisible (note à moi-même). Sans travail, je traverse ce printemps erratique comme s’il s’agissait des limbes. Avec le sentiment qu’il n’y a peut-être pas d’issues, que la grisaille pourrait être éternelle. Que de la solitude et du gris en lambeaux dans la lumière blafarde. J’ai du mal à croire aux possibles. Je lâche prise. L’espoir est, lui aussi, un oiseau rebelle, il reviendra quand son temps sera venu. Si je le laisse venir à moi. Poursuivre la lecture