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Billet avec le mot-clef ‘sommeil’

Jours perdus

Un samedi perdu. Je suis tellement brûlé que j’ai renoncé à aller courir sur la montagne fraîchement enneigée. J’ai dormi. J’ai lu, enroulé dans une couverture. J’ai dormi encore. Je savais qu’il ne servait à rien de lutter. Ces derniers temps, j’ai travaillé comme un fou pour me rendre indispensable. Mon poste peut être coupé d’une semaine à l’autre. Le matin, avant le travail, j’ai commencé à aller m’entraîner au stade. J’y suis peut-être allé un peu fort. Poursuivre la lecture

Prière

Crème de rage glacée. Deux bols vides. Coaticook au sucre d’érable croquant, la meilleure. J’ai planté mes trois annuelles, un lantana et deux trucs qui tombent en zigzag, couleur paille. De la menthe et trois cocottes dans la tasse géante en céramique vert lime, pour le balcon derrière. C’est le jardin d’ombre dont je gratte la terre, à défaut de mieux. La chaleur s’appesantit, la nuit.

Je cherchais ce qui m’empêchait de dormir. C’est venu comme ça, un matin. Clair. Je suis comme à bout de courage. Ces dernières années, j’ai croisé des tonnes de désillusions. Des brusques et des plus profondes, des vastes comme l’hiver. Tous mes décors de cartons sont tombés comme des dominos. Il n’y a plus rien. Je suis terrorisé.

Je n’ai qu’un seul ami, le cow-boy. Mon égal dans la sauvagerie du caractère. Il se débrouille pourtant mieux que moi en société. Il m’admire parce que je me jette constamment dans le vide. Je me bouscule. Je me dépasse incessamment. Je l’envie parce que sans s’en apercevoir, il se construit des petits bonheurs. Il les collectionne, comme un premier de classe. Pendant que je me saigne à foncer dans les murs et à défoncer les portes ouvertes.

Je voudrais du temps et de la patience. Je ne sais plus si tout cela est possible. Les rêves les plus simples glissent entre mes doigts comme des reflets de lune dans l’eau. Je ne sais plus si tout cela en vaut la peine. Il n’y a plus de réponses, il n’y a que des questions. Je reste là, pourtant, sans m’effondrer.

Et je cours, toujours, dans les matins mouillés. Courir pieds nus pendant quinze minutes. Sur l’herbe et sur l’asphalte. Un objectif en extra pour septembre. Et je lave la vaisselle en ordonnant les mots. Juin s’amenuise et soupire. L’orage se laisse désirer. Je me répète que ce soir je dormirai. Le sommeil répare tout. Il le faut. Même sur cela, je sais que je n’ai pas le contrôle. La vie est un rapide blanc qui brise les immobiles. Je cherche un peu de pluie pour y poser mon front.

Dilemme

J’suis pas bon pour dealer avec le stress. J’aime pas trop les montagnes russes. Pourquoi il faut que ce soit toujours tout ou rien ? Dead-end job. That might be my fate.

D’un côté, ma job actuelle. Zorro & cie. Une job avec des défis, des responsabilités, des aspects passionnants, une équipe que j’aime. Le stress, les nuits échevelées où je dors à moitié. Les frustrations. La rage. Encore le stress. Le travail qui prend toute la place et la vie qui fout le camp. Le poste va probablement être coupé au printemps. Ce n’est plus la priorité de l’organisme subventionneur. La réponse viendra en juin. Si j’attends en juin, je me retrouve le bec à l’eau. Mais en même temps, je crois que c’est le genre de travail que j’aimerais faire dans la vie, quand je serai grand, si je suis grand un jour, on sait jamais, mais avec juste un peu moins de stress.

De l’autre, le Jardin. Une job à cinq coins de rue de ma porte. Je peux manger à la maison le midi. Avec un bon salaire, dans une atmosphère hyper relax, une équipe que j’aime aussi. Je peux même courir dans les sentiers, après le travail. Zéro stress pour 7 mois, les nuits de sommeils pleines. Je vais devoir boire du café pour me tenir éveillé parce que parfois, les journées sont un peu ennuyantes. La vague impression d’être inutile. Et au bout, ben, rien du tout. L’assurance chômage et on repart à zéro. Niet. Pas d’avenir, là. Juste une sorte de vacances. Mais l’été, c’est bien les vacances, non ?

Je ne sais plus quoi penser. J’ai le mal de mer. Et même quand j’arrive à pencher d’un côté, ça ne sert à rien, car les deux avenues sont aussi incertaines l’une que l’autre. Et puis je dois jouer la game, parce qu’eux la jouent chacun de leur côté. Le Jardin me dit que j’ai presque une place assurée, mais qu’ils ne peuvent rien me garantir pour l’instant. Zorro me dit qu’ils ne savent pas quelles sont les chances que la subvention soit renouvelée, qu’ils ne peuvent rien me promettre. Moi je souris des deux côtés. Je vais peut-être devoir trancher. Trust my instincts, close my eyes and leap, on one side or another. Je souris. Jaune. Et je pense : Take the money and go, Johny go. Et j’ai la tête qui tourne.


J’écoute en boucle, le dernier album d’Alexandre Désilets. Il est unique.

Tempus fugit

Ma vie est réglée au quart de tour, un changement drastique par rapport aux derniers mois. Mes jours sont hachurés de chiffres. 15 minutes de méditation quotidienne. 35 heures de travail et 4 séances d’entraînement hebdomadaires. Je garde le rythme. 1250 mots en retard. La médication, les légumes verts, les fibres solubles, les protéines. Et tenter de conserver un semblant de vie sociale. Je roule. Pas une minute de libre pour le mauvais sang. Sauf la nuit. Dès que le corps a récupéré au minimum, je m’éveille dans le noir. Habituellement, ça se produit vers 4 ou 5 heures du matin. Et les pensées s’emballent : je vais manquer de sommeil, attraper un rhume, être moins performant au travail, perdre mon emploi, faire une dépression, tomber encore plus malade… Et puis, je me souviens que c’est la nuit. J’essaie de sourire. J’aurai beau lutter, c’est totalement inutile pour se rendormir. Il faut dédramatiser, et lâcher prise. Quelques heures de sommeil en moins, ce n’est pas la fin du monde. Peut-être ai-je moins besoin de dormir que la normale. Le corps a l’intelligence de s’endormir quand il en a réellement besoin. Peut-être aussi devrais-je me ménager quelques heures de liberté pendant le jour pour ne pas avoir à m’éveiller au beau milieu de la nuit.

Le problème, c’est que je veux tout, tout de suite. J’ai tellement peur de manquer quelque chose. J’ai peur que tout s’arrête dans les prochains jours. Je voudrais savoir. Je voudrais avoir des certitudes, des garanties sur le futur. Je devrais croire en Dieu, en Allah ou consulter une diseuse de bonne aventure, se bercer d’illusions, parfois, peut permettre l’insouciance. J’aspire à l’insouciance

Time Flies
Time Flies par Johnny Grim, sur Flickr

Endorphine

Je suis en manque d’endorphine. Ce plaisir si particulier, cette chaleur qui court dans le corps longtemps après l’entraînement. Depuis Noël, et pour toutes sortes de raisons, j’ai cessé de m’entraîner.

Je réalise que c’est vraiment ce qui a l’impact le plus important sur mon humeur. Depuis que je ne fréquente plus le centre sportif, j’ai un fond de stress qui ne me quitte pas. Je n’ai pas envie d’aller dormir le soir et je me réveille la plupart du temps tendu et fatigué. La méditation, les relaxations guidées, la luminothérapie ne suffisent pas.

Lorsque je m’entraîne, rien que le fait de m’allonger devient un moment de pur bonheur. Le soir, je m’endors comme un bébé. Au matin, je me sens tellement détendu que je dois m’arracher du lit. Le plaisir de manger grandit également. Je ressens physiquement la faim et la satiété. En fait, c’est tout le corps qui s’éveille et devient plus vivant. La détente qui persiste aiguise tous les sens. Et après quelque temps, une espèce de confiance ou de sentiment de force s’installe. Une assurance qui balaie les idées noires, les peurs et la tristesse. Bien sûr, il y a les courbatures du début, mais même celle-ci se transforme rapidement de plaisirs vaguement masochistes en bien-être durable. J’ai toujours tendance à tomber dans l’excès. Survient alors le danger des blessures. Mais j’apprends la modération.

Bref, je retourne au Centre Sportif cet après-midi.

Full of sun
Full of sun par escribium, sur Flickr

Les hormones du bonheur en 500 mots : Ces hormones qui procurent du bonheur, Métro Montréal

Seuil

J’ai dormi seul. Un sommeil secoué de cauchemars. Tu me dis que tu te sens amoureux. Tu me dis que j’ai tout pour être aimé. Moi j’ai peur que tu comprennes un jour ou l’autre, que je suis inintéressant. J’ai peur que tu t’entoures d’une kyrielle d’amis et de connaissance pour faire continuellement la fête et oublier l’ennui profond que je t’inspire.

Et j’ai peur de me tromper. Et si tu n’étais pas celui qu’il me faut. Celui qui sera l’homme de ma vie demeure peut-être à deux rues de chez moi. Peut-être est-ce celui que je croiserai demain matin sur le boulevard. Cette peur là, j’arrive à la balayer du revers de la main tellement elle ne tient pas la route.

J’ai peur d’être déçu, quand je réaliserai tes travers, tes petitesses, quand tu vieilliras, quand tu seras faible, quand tu me mentiras. J’ai peur surtout de te décevoir. J’ai peur que tu réalises que je suis un mauvais coup au lit. Que sexuellement, je ne suis pas à la hauteur. Un pétard mouillé. Un feu de paille. J’ai peur que tu te lasses rapidement de moi.

J’ai peur que l’idée du couple soit une terrible erreur. Une hystérie collective, une lubie, qui ne peut que nous rendre malheureux jusqu’à ce que l’on soit trop vieux pour aimer. J’ai peur de tes problèmes et de tes démons. J’arrive tout juste à maîtriser les miens. Et encore !

On doit se voir ce soir à 18 h. J’aurais peur de prononcer ces mots, mais il faut que je l’avoue : tu me manques. J’ai envie de mettre mon nez dans ton cou, d’être serré contre toi. Ça ne sera peut-être pas olé olé comme tu l’aurais souhaité. Peut-être as-tu déjà décidé de tout annuler. Peut-être as-tu déjà compris. Moi, je ne peux m’en empêcher : j’ai hâte de te voir.

Infinitif

Traverser la rue en diagonale. Suivre du regard un vol de pigeons qui monte soudainement, en planant vers les toits. Sourire à trois passants puis baisser les yeux. Regarder les gens entrechoquer leurs verres sur les terrasses, bières blondes ou rousses, cocktails translucides, trop heureux de l’été. Au feu rouge, monter sur la pointe des pieds pour apercevoir le ciel, magnifique après l’orage, et si haut… Se demander quoi raconter.

Puis, penser qu’il faudrait écrire sur le bonheur. Consigner le chemin parcouru, les prérequis, les méthodes. Imaginer le recueil de clichés, déjà cent fois écrits, prétentieux, peut-être comiques. Vivre ailleurs que dans les mots ! Se sentir ragaillardi et réaliser que le sommeil est revenu, depuis quelques mois, combler chaque nuit. Les horaires stables, le travail de jour, le lâcher-prise ? Réaliser que la fatigue ou son absence font toute la différence. Réaliser aussi qu’avec la quarantaine, une foule d’illusions ont décidé de plier bagages. Les imaginer qui s’éloignent la tête basse. Des rêves trop grands. Des idéaux maladroitement plaqués aux mauvais endroits. S’être si longtemps persuadé que ces séparations seraient déchirantes et définitives. Découvrir le contraire. Devenir un espace ouvert à tous les vents, pour les fêtes impromptues, les plaisirs minuscules, qui surviennent au hasard des rues et de l’effervescence des regards. Sourire.

D’un crépuscule à l’autre

Voici le billet que je publiais le 11 octobre 2006. Voir tout ce chemin parcouru me rassure. Ma vie n’a pas changé du tout au tout. Des petites modifications se sont additionnées, les unes aux autres, pour laisser plus de place au calme et au confort. Je ne me lève plus à l’heure des poules pour me taper des heures de transport en commun. J’ai apprivoisé ma nouvelle réalité et je tiens l’angoisse à distance, la plupart du temps. J’ai le pied plus solide. Ces temps-ci, je pourrais même dire que je dors assez bien.

Parfois, j’ai peur d’avoir perdu cette intensité. J’ai peur qu’elle se soit enfuie à jamais avec mes drames personnels. C’est lorsque j’étais submergé par la douleur ou par l’angoisse que je parvenais le mieux à voir la beauté, et même à l’imaginer quand elle était absente.

Peut-être que ma vie n’a plus assez de piquant pour être racontée avec souffle. Je ne sais pas. Je tâtonne. En tout cas, écrire me demande plus de travail et d’effort. Je dois secouer le cocon fragile que j’ai mis tant de temps à tisser. Peut-être est-ce le signe que je dois tourner mon regard vers le destin des autres. Cela me fait terriblement peur. Peut-être dois-je simplement réapprendre à écrire.

Crépuscule

Quand le compte à rebours s’enclenche derrière mes paupières, je sais que les derniers instants de liberté s’écoulent trop rapidement. Je dois trouver le sommeil. Les chiffres lumineux tombent en cascade. J’ai besoin de dormir. Barrer la route aux questions qui attendent le flou du crépuscule pour m’assaillir et m’étourdir.

Bien sûr qu’il faudrait que je travaille moins. Combien de temps pourrais-je tenir ? Ce rythme, c’est pas humain. Est-ce que j’attends de craquer ? Pourquoi je m’accroche tellement au travail ? Puis la pensée bascule et les scénarios déferlent. Le loyer, les comptes, les dettes, les coupures de service, les remboursements de prêt et bourses, les intérêts, les lettres de menace dans la boîte aux lettres, les avis d’huissiers. Les imprévus éventuels me serrent déjà la gorge. Je cherche où couper. Comment presser encore plus le citron. Je sais bien, ce n’est pas à cette heure que je vais être éclairé par le génie. Je sursaute quand le plancher craque sous les pas du voisin. Les camions qui passent font vibrer la vitre du salon. Je jette un œil à la lueur sale du lampadaire. Il faut fermer les yeux, il faut partir vers l’intérieur…

Là où le bleu gris du fleuve se mêle aux lumières du ciel, entre le jour et la nuit. J’imagine le dos noir d’un rorqual qui vient rouler à la surface pour frôler la brume et goûter le vent. Il plonge ensuite vers l’immensité bleue. Ne reste qu’une ride qui glisse, s’affaiblit puis disparaît dans les mille fragments de la lune qui se lève.

Je l’imagine porté par les marées orageuses et les courants saturés de vie. Il traverse les espaces liquides ou l’écho des appels lyriques palpe les corps en suspension. Je sais qu’il s’élève, immobile, vers la lumière des glaces lorsque mon esprit s’abandonne et se laisse à regret sombrer dans la nuit. Parfois, quelques gouttes d’eau de mer vont alors se perdre sur ma taie d’oreiller.

11 octobre 2006
Photographie : Rorqual commun par ellor1138