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Billet avec le mot-clef ‘stress’

Les voies du corps

Très tôt dans l’enfance, j’ai abandonné mon corps. Je suis un cérébral. Le corps c’était mal. Et mes parents n’avaient pas une bonne opinion des gens qui pratiquaient le sport, des gens un peu grossiers, qui ne devait pas avoir trop d’éducation. Contrairement à la plupart des garçons de mon âge, je n’ai jamais joué au baseball ou au hockey. L’idée m’attirait en même temps qu’elle me faisait peur. Mes parents ont dit « non » une fois et je n’ai pas insisté. C’est beaucoup plus tard que je me suis intéressé au sport, d’abord à travers les arts du cirque (un sport extrême lié à l’art et à la culture, ça passait mieux), en particulier le trapèze, puis par la course à pied. Poursuivre la lecture

Inavouable

Elle emprunte mille détours. Si elle n’a pas droit de cité dans certaines sphères de ma vie, la colère se faufile pour frapper ailleurs, à des moments qui ne sont pas toujours des plus opportuns. Lorsque je veux me coucher tôt et qu’il est déjà trop tard, par exemple. Je m’enflamme pour des futilités et je m’obstine à ne pas lâcher l’os, emporté par le courant. Je me doute bien que sa source est ailleurs, dans les recoins de mon esprit où je n’ose pas regarder. Dans ce magma d’émotion dont je ne veux pas admettre l’existence. Pourquoi la colère me paraît-elle si inappropriée ? Poursuivre la lecture

La chute des feuilles

L’hiver, les arbres sont en bois. — Georges Courteline
 
On dit que rien n’arrive pour rien. Je ne sais pas si c’est vrai, mais les mauvais quarts d’heure sont plus faciles à avaler si l’on y croit le moindrement. Lors de leur dernière visite, les hackers, semble-t-il, ne se sont pas contentés d’effacer tout le contenu. Ils auraient également installé un logiciel malveillant, une sorte de bombe à retardement pouvant faire des dégâts plusieurs jours après leur passage. Le maliciel (joli néologisme de l’Office québécois de la langue française pour malware) serait caché quelque part dans le code ou peut-être même dans mon ordinateur. Poursuivre la lecture

Soudain

Une bouffée de révolte, une plainte sourde. Sans attendre, je me relève et je me lance à nouveau. Pause. Repli stratégique, je réfléchis. Je me transforme. Je deviens celui que je crois qu’il faut être : plus petit ou plus grand, plus noir ou plus blanc. J’essaie encore de me faire une place dans le cadre. Il le faut. J’espère et je me blesse.

Même si je pressens que ce sera inutile, je m’obstine, j’en fais une affaire personnelle, une question de valeur. Peine perdue. Ce n’est pas ma place. Je ne suis juste pas à ma place. Je ne fite pas.
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Au bout de la nuit

Je suis arrivé à me coucher plus tôt depuis une semaine. Je vois la différence, je me sens mieux le matin. Je traverse des vagues de colère. Contre mon deux de pique de propriétaire, contre ma job, contre toutes les injustices de cette vie. La peur ébranle ma démarche quand je sens le froid qui s’installe et la nuit qui gagne chaque jour du terrain. Mes jours se ressemblent, tous. Ils sont pilotés par l’instinct de survie. Il me mènera bien au bout de la nuit. Et j’arrive à gérer mes attentes irréalistes. Je respire. J’observe. J’écoute. Je dormirais bien jusqu’au printemps. Mais, je ne suis pas un ours. Je dois traverser cet hiver, les yeux grands ouverts. Poursuivre la lecture

Une douce colère

Une douce colère coule vers mon cœur d’Indien. Des frissons révolutionnaires courent sur ma nuque devant la mise à mort de l’été. J’ai lâché les rêves que j’ai poursuivis ces derniers mois. Je les regarde s’éloigner en m’accrochant à une idée : à chaque instant, tout est possible. Personne ne peut dire ce que sera demain. En attendant, j’accuse les coups. Mais je suis fatigué de relever la tête, de remettre l’épaule à la roue. Il me semble que j’ai déjà suffisamment donné. Je suis un control freak, soit. On ne se refait pas. Mais j’ai appris qu’à l’entrevue, les dés étaient pipés. Poursuivre la lecture

Fatigue

Je dors de longues nuits. Et les jours où je ne travaille pas, je ne peux m’empêcher de m’étendre pour quelques heures supplémentaires, sans venir à bout de cette fatigue qui entrave mes mouvements et mes élans. Elle m’inquiète et j’échafaude des hypothèses sur ses causes : infections cachées, dérèglement hormonal. C’est peut-être un signe de vieillissement (peut-être pas le vieillissement chronologique, mais celui qui s’accélère par les dégâts du VIH). Je ne peux m’empêcher de penser au temps qui file et à la fragilité de la vie.

Ce pourrait être un effet secondaire de la médication (Viramune, Viread, Ziagen), difficilement métabolisée par les reins et le foie. C’est peut-être aussi de la fatigue accumulée ces derniers mois à Zorro. J’ai senti à quelques reprises que je dépassais mes propres limites et j’en ai payé le prix : nuits d’insomnie, brûlements d’estomac, reflux gastriques, migraines. Je suis certain que mes cheveux ont blanchi depuis que je suis retourné travaillé là-bas. Peut-être que ma tolérance au stress diminue avec le temps.

J’ai beau me révolter, avaler des vitamines, prendre du soleil, respecter des horaires stricts, rien n’y fait. La seule chose que je peux faire, c’est lâcher prise, accepter et dormir quand le sommeil m’attire. Je me console en réalisant que la fatigue chronique semble être un problème assez répandue. Plusieurs personnes doivent composer avec un épuisement chronique. Le seul point positif que je peux trouver à cette fatigue, c’est qu’elle me pousse tout doucement dans mes derniers retranchements, là où j’ai souvent glissé la poussière sous le tapis. La fatigue m’accule à tous ces problèmes non réglés, que je traîne depuis trop longtemps, et qui me tirent vers le passé. Elle m’oblige à les liquider, si je veux m’en dépêtrer. D’une certaine façon, elle me fait avancer.

Man Asleep on Bench

Le filon

Parfois, c’est le black-out. Le noir total. Je garde les yeux fixés devant moi, regardant le vide. Puis le filon réapparaît, d’abord presque invisible, puis plus clair. En ce moment, chaque matin, j’ai du mal à trouver l’énergie qu’il me faut pour me lever et pour aller travailler. Je me bats avec moi-même, comme avec la neige ou la pluie, pour me retrouver à mon bureau.

Puis, pendant que je travaille, un sourire me passe dans la tête. Le plaisir de terminer un document bien fait, d’avoir trouvé les bons mots, celui de se sentir utile, nécessaire, pour un instant, une étincelle. Et je m’engage dans cette petite voie qui semble s’ouvrir devant moi. Et je souris encore. Et le temps se met à filer plus librement. Les aiguilles tournent et tournent en spirale. L’avenir déboule et se rapproche inexorablement.

Il est gentil, mais insondable, ça m’épuise. « Tellement pas démonstratif. » On se voit depuis quelques semaines, sans éclats, sans flambées. J’aime poser mon nez sur sa nuque et suivre des yeux une mèche grises dans ses cheveux noirs. Je n’arrive pas à le « sizer ». « Il doit être vierge, demande lui quand il est né ? » m’a dit le Cowboy jouant à l’astrologue. Souvent, je me dis que je perds mon temps. J’ai besoin de plus d’intensité. Je cherche la complicité. Je suis pressé. Puis, une petite voix me dit de le rappeler. Et je me souviens qu’il s’est souvenu de la date exacte où l’on s’est rencontré alors que je l’avais oublié. Je ne sais pas, il a quelque chose de rassurant. Et moi, bien, j’ai quelque chose de quelqu’un qui a besoin d’être rassuré. Et pendant ce temps, les heures, les jours et les semaines tombent l’une sur l’autre. Et sans que l’on s’en doute, le printemps s’approche, sur la pointe des pieds.

Veins
Veins par dan.holton, sur Flickr