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Billet avec le mot-clef ‘tempête’

Lundi, la neige

Prenez des lieux que j’aime et où je passe souvent dans la ville, ajoutez-y dix ou vingt centimètres de neige et beaucoup beaucoup de talent et ça donne ceci. Moi aussi, j’ai eu le souffle coupé en reconnaissant ma ville. Je n’aurais pu décrire un lundi de neige aussi bien. Il fallait des images. Ça donne presque envie que l’hiver s’éternise. (Presque !)

“This winter we were chatting casually with Bruno about how gorgeous Montreal looks under heavy snowfall. While this conversation may seem mundane to people who grew up here, it was enchanting to listen to a Parisian’s take on the phenomenon. So Bruno set out one morning, camera in hand, to capture the magic of our city being blanketed in the white stuff. What he came back with took our breath away, it wasn’t the snow he was watching, it was us.” – Christina Poursuivre la lecture

Épilogue

Irène fait glisser sa longue traîne sur la ville, indifférente aux mots. On l’a rétrogradée d’ouragan à tempête tropicale. Elle encolère la cime des arbres, gorge d’eau la trame des ruelles, inquiète les âmes sensibles. Moi qui espérais des tempêtes, je suis gâté. Le calme plat, très peu pour moi. J’y goûterai le jour de ma mort.

Quand j’ai publié le dernier billet, j’ai ressenti un immense soulagement. Je recevais en présent, des heures de liberté accompagnées d’une cape d’invisibilité. Et au fil des heures et des minutes, des centaines de portes s’ouvraient devant moi. Il s’agissait d’une fin nécessaire. Poursuivre la lecture

Après la tempête

J’ai toujours eu plus de respect pour le chêne que pour le roseau dans la fable de Jean de La Fontaine. Je suis le genre soupe au lait : je m’enflamme et je pars en claquant la porte. Repartir à zéro, c’est devenu comme une spécialité. Je saute d’une job à un autre. Je pense que je ne suis jamais resté plus de deux ans dans un emploi rémunéré.

C’est la raison pour laquelle je ne voulais pas revenir à Zorro & cie. Je n’aime pas la façon dont le directeur se comporte. Je n’aime pas le manque de démocratie, le manque d’écoute, la hiérarchisation à outrance. Je m’étais donc dit que je ne retournerais jamais là-bas, malgré une équipe de gens que j’aime et avec qui je partage complicité et passion.

Eh ben, y’a juste les fous qui ne changent pas d’idée. Un poste s’est ouvert là-bas et c’est le poste qui m’avait toujours intéressé. J’étais simplement convaincu que le gars qui l’occupait ne partirait jamais. Les conditions seraient plus avantageuses que celles que j’avais auparavant. En ce moment, je n’ai aucune source de revenus et mon compte de banque fond comme neige au soleil. Trouver un nouvel emploi à partir de rien demande du temps. Et j’ai eu beau prendre du recul en partant à New York, je ne sais toujours pas clairement ce que je veux faire. Dans le pire des cas, cet emploi pourrait me permettre de vivre le temps de trouver mieux. Et j’ai l’expérience et les qualités requises pour être le meilleur candidat.

J’ai passé trois jours à tourner la question dans tous les sens. Quand j’ai pris ma décision, j’ai eu beaucoup de mal à dormir la nuit qui a précédé mon appel. Le matin, j’ai médité, une quinzaine de minutes. Malgré cela, pendant un instant, j’ai eu le sentiment que j’allais mourir de stress, juste avant de composer le numéro de téléphone du directeur. Mais une fois la conversation entamée, tout se passait bien. Il avait l’air surpris, mais content d’avoir de mes nouvelles. Il a un autre candidat, mais a demandé à me voir en entrevue avant lui. Je connais le parcours de l’autre candidat. (J’ai des espions dans la place.) Je crois que je suis le meilleur choix. Et puis, ça me plaît de passer l’entrevue et d’avoir à me mettre en valeur. Depuis, j’ai comme une espèce de détachement, le sentiment d’avoir pris la bonne décision, d’avoir été honnête avec moi-même. Peu importe ce qui arrivera, ce sera pour le mieux.

snow angels
Snow angels par crozefeet, sur Flickr

J’écoute
Je ne me lasse pas de l’album de Noël créé par Maryse Letarte. Des pas dans la neige est à la fois complètement original et ancré dans ce que la culture des fêtes a de plus lumineux.

Je médite
Je pratique la méditation de pleine conscience, un type de méditation d’inspiration bouddhiste. Il y a des centres un peu partout à travers le monde. Celui de Montréal est tout petit, mais l’accueil y est toujours chaleureux. Un excellent texte ici, que l’on soit chêne ou roseau : L’art de maîtriser une tempête

Nocturne tempête

Le soir, quand je me retrouve seul dans le silence, face à moi-même, je devine la tempête qui se lève. C’est ironique. J’ai cette comptine de Passe-Partout qui me trotte dans la tête : « la nuit — est dans mon lit — jamais — je ne m’ennuie. » (Je ne demande que ça : m’ennuyer !) C’est le trop-plein de mes journées qui déborde. Ce quotidien trop « équilibré », ces exigences toujours plus hautes que je sens le besoin de m’imposer pour me rassurer, ces questions sans réponses, ce mur que je dresse parfois entre moi et les autres.

Je connais tous les exercices de relaxation, le training autogène, la respiration du cœur. Je me concentre sur mon souffle. Sur le poids du corps contre le matelas, je me répète que mon esprit est un ciel vaste où les pensées flottent comme des nuages. Je n’ai pas à m’accrocher à aucune d’entre elles. Elles ne font que passer… Mais c’est par le corps, que la tempête se manifeste : maux de ventre, cœur qui sursaute, yeux grands ouverts.

J’ai bien essayé d’accueillir les émotions qui se présentent une après l’autre, de les accepter avec un simple sourire en me rappelant qu’il ne s’agissait que d’états passagers. J’ai reçu ainsi ma colère, mes peurs, encore de la colère, puis de la tristesse et toujours de la colère. J’avais devant moi un line-up interminable d’émotions qui veulent se faire entendre. La nuit ne serait jamais assez longue pour en finir et je suis si fatigué.

Quand la fatigue l’emporte et que la raison perd pied, c’est encore pire. Les émotions se ruent en moi et je les combats en rêve, jusqu’au matin, sans savoir si je dors ou si je suis réveillé. Je tourne, je m’éveille à demi, je me rendors, toujours secoué.

Ce n’est pas à chaque nuit comme ça, heureusement. Je ne survivrais pas. Pendant une période, j’ai réussi à trouver le repos en m’évadant dans la lecture. J’ai traversé l’Algérie de Jasmina Khadra dans Ce que le jour doit à la nuit. Plonger dans l’univers de ces personnages me faisait oublier mes tempêtes pour un temps et me donnait juste assez de recul pour glisser dans un sommeil presque paisible. Il y a eu les somnifères qui attendent toujours dans une armoire de ma salle de bain. De petits comprimés jaunes qui assommeraient d’un seul coup n’importe quel ouragan, mais qui laissent l’impression d’être un peu sonné, le lendemain, au réveil.

J’ai trouvé ce texte d’un maître de méditation : L’art de maîtriser une tempête. Je pense que si je veux retrouver le sommeil la nuit, je dois apprendre à dompter mes tempêtes en plein jour, alors que je suis en pleine possession de mes moyens.