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Billet avec le mot-clef ‘temps’

Peau de tambour

Le silence se peuple d’échos. Des volutes de mots qui s’épanouissent avant de disparaître. Le temps se dilate dans l’attente. L’œil averti peut parfois y deviner un sens, une direction. L’agitation se dépose. Les enfants s’endorment. L’espace se dégage, enfin. J’avais besoin de me taire pour un temps. De respirer.

Tous mes projets de novembre sont restés en plan. La vie en a décidé autrement. Plus de course, la fracture refuse de se consolider. J’attends le spécialiste. Plus de projet de roman, j’ai réalisé que j’étais aux portes de l’épuisement professionnel. Et même pas de moustache. Je n’ai voyagé qu’en moi-même. Que des terres inconnues, où il a bien fallu continuer de respirer. Je m’interrogeais sur le sens à donner à ce blogue, quand des pirates se sont emparés de la plate-forme. Ceux-là se prétendaient talibans. Ils ont tout fait sauter, une fois de plus. J’avais réussi à presque tout récupérer grâce à des copies de sauvegardes. Seule la dernière année m’échappait. Mais cette année perdue me faisait mal. J’en avais besoin. J’ai finalement réussi à la repêcher des abîmes de la Toile. Il faut accepter ses limites. Je ne suis pas programmeur.

En prévision d’une prochaine attaque, j’ai déménagé le tout sur un blogue gratuit de WordPress. Au fil des années, j’y ai créé des sites qui sont en ligne depuis, sans problèmes. Le transfert s’est fait en moins d’une demi-heure. J’ai choisi la sobriété. J’ai pris le premier titre qui me passait par la tête : Peau de tambour. C’est le nom d’une couleur de peinture, un blanc cassé que Kurt m’avait recommandé. Un off white pour faire vibrer les mots. Pour lancer des lignes dans l’espoir de toucher, du bout des doigts. Je vous présente Peau de tambour. Tous les billets et commentaires de la Face cachée y ont été déménagés dans l’urgence.

Lumières d’automne

Le soleil ne s’aventure plus très haut. Et le ciel, le matin, est traversé de voiliers d’outardes. L’or des frênes enlumine les trottoirs et les pelouses. Il tombe en averse au-dessus de la piste cyclable. Le froid s’immisce par la fenêtre ouverte, ce froid dont j’aime retrouver les frissons. En écoutant des Polonaises de Chopin, dans cet automne qui danse, je savoure mes maigres victoires. Mon pied qui revient à la vie et retrouve peu à peu sa force et son élasticité. Le corps malmené par le stress qui redécouvre le plaisir de jouer et de bouger. Guillaume m’a appris à me dépenser sans courir, sur le rameur ou avec des poids libres, en équilibre instable sur des ballons plats. Avant de partir pour New York, Pierre m’a même entraîné à la piscine. C’était le soir de l’équinoxe. Poursuivre la lecture

Dissolution

— J’ai passé les 43 dernières années de ma vie à rêver. C’est fou ! Je n’ai fait que ça, rêver. Je n’ai presque rien vécu.
— C’est probablement pour ça que vous êtes ici, aujourd’hui, devant moi… vivant.

Dans mes courses folles entre mon nouveau monde et l’ancien, mon bixi dérapait dans la gravelle fine. Entre le long mur de brique d’une usine et la clôture de maille, j’ai entendu un bruit sec comme un coup de feu. Ça venait du toit de tôle. Quelque chose a rebondi sur le bâtiment, quelque chose comme deux pigeons en plein combat. C’est tombé dans un nuage de poussière, au milieu de la piste, des plumes sombres, quelques dizaines de mètres devant moi. J’ai mis pied à terre. Ce n’était pas deux pigeons, c’était un faucon avec une aile brisée. Poursuivre la lecture

Le goût de courir

J’ai commencé à courir pour conjurer la mort. Je me sentais couler. Je me noyais lentement dans le silence. Je lisais Guérir de David Servan-Schreiber. Il présentait la course à pied comme un antidépresseur aussi efficace que la médication, sans effets secondaires, mais aux bénéfices nombreux. À l’époque, j’avais un husky qui soupirait d’ennui dans le salon. Je vivais dans une ville morte perdue dans des champs de luzernes, de maïs et de soya. Seul, dans un couple qui s’étiolait. Poursuivre la lecture

Carleton

« Je vais t’avoir dans la peau pendant tout l’hiver. » Un compliment anachronique qu’on croirait tout droit sorti d’un roman d’Anne Hébert. Quand les saisons ponctuaient la vie, l’hiver surtout, comme un silence oppressant. Imaginer que le souvenir de la chaleur de ma peau pourrait réchauffer le corps d’un homme le temps d’une saison me fait un velours. Par la fenêtre de l’Hôtel des Gouverneurs, la lumière du matin frissonne sur les toits de l’UQAM. Des panneaux translucides, roses, jaunes ou verts colorent la neige de la place Émilie Gamelin. Il y a de la liberté et de la sauvagerie dans son accent gaspésien et une naïveté dans son plaisir. Poursuivre la lecture

Bois de liesse

Relâche. Les commandes de rédaction n’ayant pas été confirmées, j’ai choisi de prendre les jours à venir en congé. Je suis dog-sitter dans une banlieue-dortoir anglophone depuis maintenant une semaine. Le décalage culturel est juste assez dépaysant. Je promène le chien dans le Bois de liesse, je lis et je m’entraîne. J’ai trouvé un coupon pour un essai gratuit de 10 jours dans un gym pour Anglaises argentées qui s’ennuient. Elles ont chacune un joli entraîneur privé qui les suit partout. L’endroit est très beau. Les serviettes sont fournies comme dans un hôtel de même que le shampooing et la crème à barbe. Aux heures où j’y vais, la petite section des poids libres est toujours déserte. Poursuivre la lecture

Partir

Les jours rallongent imperceptiblement. J’ai l’impression que mes semaines s’étirent également. Le temps est long. Et l’hiver ne fait que commencer. Je suis témoin des contretemps et des problèmes qui s’accumulent, dans le projet pour lequel je n’ai pas été engagé. Ma nouvelle collègue de bureau devrait être l’une de celles qui partiront sur le bateau, pour parcourir le monde. Le chef de mission a l’air d’avoir un ego aussi démesuré que celui du directeur de Zorro & Co. Les tensions sont à leur maximum entre lui et mes patrons. Le bateau est toujours en cale sèche. Les problèmes ont l’air tellement inextricables que je pense que, finalement, c’est une chance de ne pas avoir été choisi. Le projet sur lequel je travaille pour les prochaines semaines est intéressant, mais pas follement stimulant. Mon esprit s’envole régulièrement pour aller planer entre les couches de nuages du ciel d’hiver. Poursuivre la lecture

Le carrousel

Quand un garçon séronégatif rencontre un garçon séropositif, il traverse habituellement une phase que j’appelle l’ambivalence. Comme le chemin qui mène à l’illumination bouddhiste, elle peut durer 7 secondes comme 7 jours, 7 mois ou 7 000 ans. Il a envie d’aller plus loin dans la relation, mais ses peurs le retiennent. Il est partagé entre son désir et les rêves qu’il entrevoit et son envie de fuir. Une fois que les choses sont dites, que toutes les questions ont trouvé leur réponse, une fois en somme que le garçon séropositif a fait le bout de chemin qui est le sien, il ne lui reste plus qu’à attendre que l’autre se décide. Plonger ou pas. Magnétisme ou aversion. Poursuivre la lecture