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Billet avec le mot-clef ‘temps’

Friche

Je suis comme un champ en friche, un arbre dénudé, balayé, tour à tour, par des vagues de tristesse et de colère. Laisser aller ne va pas de soi, même s’il n’y a rien d’autres à faire. Adieu au voilier qui filera sans moi vers les Caraïbes. Adieu aux sensations du soleil sur la peau. Adieu aux parfums, aux rencontres. Adieu à la ligne bleue qui court en pointillé sur l’asphalte brûlant. Adieu à la médaille, au fil d’arrivée du marathon. Adieu à l’été. Adieu à l’espoir d’un été des Indiens. Adieu enfin à toutes ces déceptions. Poursuivre la lecture

Bourrasques

Mon humeur vire du gris au noir. Fatigué d’être fatigué. Plein le cul de courir. Je mets une semaine à me remettre de chacune de mes longues courses. Je n’arrive pas à me reposer. Ces nouveaux comprimés me restent coincés dans la gorge. J’en ai assez de cet été caniculaire où tout est beau, égal, tout le temps. Et en même temps, je n’ai pas envie que l’automne s’installe en roi et maître. Je pressens la grisaille. Je déteste l’incertitude qui plane sur ma vie des prochains mois. Je n’ai pas de plans solides, pas de désirs, plus d’envies, pas de sol sous les pieds. On dirait que rien n’a de sens. Désorienté.

weather report (aglagla)

Remonter le temps

Avoir l’occasion de revisiter le passé éclaire le présent d’un jour nouveau. Quand G. est venu avec moi au Grand Splash, il m’a proposé d’aller prendre un café. On s’était retrouvé par des amis communs sur Facebook. On ne s’était pratiquement pas parlé depuis quinze ans. La mémoire est sélective et ses questions ont fait ressurgir des images, des souvenirs. 1996. Le Network Café, un des premiers cafés internet du Quartier Latin où je faisais les meilleurs cappuccinos. La voix entêtante de la chanteuse des Cranberries. Les messages codés que nous nous laissions, G et moi, sur l’ardoise de la salle de bain. C’était quelques mois avant ma séroconversion. G. a été vraiment important dans ma vie, même s’il est passé comme une étoile filante. Après la sortie de l’adolescence et celle du placard, il a été la première personne devant qui je me suis montré vulnérable et avec qui je me suis senti bien. Il étudiait en cinéma, il parlait de jazz et de philosophie, ça me faisait rêver. En marchant vers le métro, il me demande si je me souviens de la lettre que je lui avais écrite quelques semaines après notre rupture. J’ai un vague souvenir d’une lettre que je lui avais fait parvenir par le biais d’un ami commun. Je ne me rappelle pas ce qu’il y avait dedans. Me connaissant, j’imagine très bien le genre de lettre que j’ai dû écrire. Elle devait être touchante, peut-être un peu larmoyante. Je devais m’y ouvrir le cœur une dernière fois pour finir la relation en beauté. Il se sentait mal de ne pas y avoir donné suite. J’ai réalisé que c’est une des rares histoires de cœur où je ne regrette rien. Je l’ai vécu exactement comme je l’ai voulu, dans les moments les plus lumineux comme dans les plus douloureux. J’en retire une espèce de fierté.
 
Le lendemain, je revoyais une flamme plus récente. Même si trois ans se sont écoulés, le parfum de M. Right m’a transporté immédiatement en 2008. C’est fou la puissance de la mémoire olfactive. Sa bibliothèque. Ses tableaux monochromes. Les mémoires d’Hadrien qu’il m’avait offert. Il y a très peu de personnes avec qui j’ai senti un lien aussi fort, aussi entier. Je me suis retrouvé incroyablement gêné quand il s’est assis devant moi. J’étais persuadé que je serais parfaitement à l’aise. Il était cent fois plus beau que dans mes souvenirs. Aussi attentif, curieux, toujours bienveillant. Est-ce que je serais capable d’être ami avec un gars comme lui ? Est-ce que je ne vais pas continuellement fantasmer sur la possibilité d’un retour en arrière et souffrir des désillusions qui suivront ? Je me sens un peu coupable et responsable de notre rupture. Si j’avais montré plus de patience, moins d’intransigeance, peut-être que les choses se seraient passées autrement. Mais peut-être qu’on en serait arrivé au même point, par d’autres chemins. Je lui ai rappelé qu’il était très fâché contre moi. Il avait effacé cette partie de l’histoire de sa mémoire. Il ne se souvenait plus pourquoi il était fâché. Je lui ai parlé de ma vie, du Cow-boy et d’El Poblano. Il m’a parlé du gars parfait avec qui il était au Mec Plus Ultra, son ex-chum et actuel meilleur ami. En un clin d’œil et une poignée de main, j’étais sous son charme. Comment il a pu sortir avec un gars parfait comme ça et me fréquenter moi ? Il m’a demandé comment j’avais eu l’idée de le relancer. Je lui ai dit que ça me ferait vraiment suer de le croiser par hasard dans des soirées et de ressentir toujours ce malaise. Nous avions plein de points en commun et des discussions vraiment intéressantes et que tout ça m’avait manqué. Il m’a remercié d’avoir pris cette initiative. Je l’ai remercié d’avoir accepté. J’ai l’impression que rien qu’à le côtoyer je deviens meilleur. En rentrant, je me trouvais plus beau dans le miroir. On s’est serré dans les bras l’un de l’autre en se quittant et je souris sans arrêt, depuis. Il y a maintenant un couloir entre nos deux vies. Compter quelqu’un comme lui dans mes amis proches, me rendrait vraiment fier.

Time

Le vide

Le vide. Je fais des pieds et des mains pour le combler, le masquer, l’oublier, même momentanément. Peut-être devrais-je simplement l’embrasser. Peut-être retrouverais-je ainsi l’énergie pour m’attaquer à tous ces obstacles qui s’accumulent devant moi. Qui sait ? Immédiatement après avoir relancé M. Right, je l’ai regretté. Je me suis mis à compter les heures en attendant frénétiquement une réponse et en me répétant qu’il n’y en aurait probablement pas. Je nageais alors en eaux connues. Je suis à l’aise, confortable, dans le rôle de celui qui attend.

Pour me distraire, je ne choisis que des histoires impossibles : David à New York (8 heures de train) ou le Minotaure (et son chum fantôme). J’imagine que j’ai pressenti l’inaccessibilité de l’homme de la lune. Sinon je n’aurais jamais laissé cette histoire perdurer. Je meuble le vide qui me fait peur, sans mettre en péril mon fragile équilibre. Tous les obstacles sont bons. Pourvu que les chances d’avoir à me dévoiler demeurent les plus minces possible. Qui ne risque rien n’a rien. No risk, no reward. Alors je reste les mains vides. Me limiter au rêve, c’est la stratégie que j’ai adoptée. Les rêveurs sont toujours sympathiques.

Du coin de l’œil, je regarde en rêvant la dérive de ma vie. L’été qui glisse vers sa fin à une vitesse lente et vertigineuse. J’accumule les kilomètres, au fil des semaines. Je découvre de nouveaux muscles à travers de nouvelles douleurs. Mais la course demeure le domaine où je goûte à la réussite. J’épuise méthodiquement mes recours contre mes voisins. Je me bats avec les puces dans l’appartement. Il en reste toujours quelques-unes qui réapparaissent à chaque fois où je pense en être venu à bout. Ma vie n’a rien de reluisant et je n’ai pas très envie que qui que ce soit y mette le nez. Je m’entoure d’un brouillard de mystère. Je fais ça depuis l’enfance, une carapace de brume. C’est toujours plus facile de briller au milieu de la brume.

Peut-être devrais-je simplement embrasser le vide. C’est ce que je me disais quand M. Right a levé la main en disant : « présent ». J’avoue que je suis un peu désarçonné. Il va falloir que je balaie un peu la brume devant moi. Je sens un fond d’inquiétude qui bourdonne. Et si… on n’avait plus rien à se dire ? J’essaie de me convaincre qu’il aura sûrement un empêchement de dernière minute. Mais ça ne tient pas la route. Il a vraiment l’air de vouloir que la rencontre ait lieu, et on dirait que c’est justement ce qui m’inquiète. Dans quoi est-ce que je me suis embarqué ? Parfois, j’agis sans réfléchir, et c’est toujours à ce moment-là que je fais les meilleurs moves.

Tôt le matin

L’indifférence

J’ai cru aimer, et j’ai cru l’être
D’un seul regard, il faisait naître
Des château forts, des nuits d’été
Transfigurées par la beauté

Je retenais de son passage
Des mots magiques et des images
Que je croyais être éternelles
Quand il lisait, j’avais des ailes

Sans qu’on le veuille
Sans qu’on l’attende
On se détache et sans comprendre
Sans dire adieu et sans souffrance
On sent venir l’indifférence

Un petit mot, un petit rien
Un regard faux, un geste fin
Le temps qu’il faut à une main
Pour s’effacer et c’est la fin

Un salon sombre, un air humide
Dans un coin d’ombre, un fauteuil vide
Là où vibrait la poésie
Ne reste plus que l’aphasie

Sans qu’on le veuille,
Sans qu’on l’attende
On se détache et sans comprendre
Sans dire adieu et sans souffrance
On sent venir l’indifférence

Extrait de l’opéra Nelligan (Musique : André Gagnon – Livret : Michel Tremblay, 1990)

Mon ami Bixi (1)

Inspiré de la série de billets Vélib et moi de Patrick Antoine.

J’y pensais depuis l’arrivée en ville de Bixi. À ce moment-là, je venais tout juste de m’acheter un éco-vélo et je l’aimais beaucoup. Un éco-vélo, c’est un vélo monté (un peu n’importe comment) à partir de pièces recyclées, par des jeunes en réinsertion sociale, dans l’est de Montréal. Le mien était peint d’une surprenante combinaison d’orange fluo et de bleu ciel. Mais chaque hiver, l’éco-vélo se révélait un colocataire bien encombrant dans mon petit appartement. L’an dernier, quelques stations Bixi sont apparues autour de chez moi. La tentation devenait plus forte. J’aime l’idée. C’est un moyen de transport écologique, démocratique, avec un petit côté hipster, typiquement montréalais. Le design du bixi fite parfaitement avec les lunettes à grosse monture en plastique noire et la coupe de cheveux Xavier Dolan.

Le printemps avait beau être encore hésitant, j’ai fait le saut et je me suis abonné sur le site Web. Quelques jours plus tard, je recevais la clé qui me permettrait de prendre un vélo n’importe où, sans passer par la borne.

Le vélo est lourd et le centre de gravité est très bas. Ça donne l’impression d’être sur une trottinette à pédale. Et puis, on a beau pédaler comme un fou, ça n’avance jamais très vite. Il faut avoir l’air cool, respirer par le nez, admirer le paysage. Je n’ose pas imaginer comment c’est de monter une pente avec un bixi. Mais bon, les pentes sont relativement rares à Montréal. Le panier à l’avant est vraiment bien conçu. Avec les bandes élastiques, on peut y faire tenir à peu près n’importe quoi. Mais ce qui est vraiment bien, c’est ce sentiment de liberté. Je sors de chez moi, je marche jusqu’au coin de la rue. Il y a toujours un vélo qui m’attend. Je roule tout doucement jusqu’au boulot. J’abandonne le vélo à une vingtaine de pas de mon bureau. Pas de cadenas à traîner, pas de soucis pour les voleurs de vélo (qui sont légion à Montréal). Il pleut : je prends le bus. La pluie s’arrête : j’attrape un bixi. Je n’ai plus à monter mon vélo tous les jours au deuxième étage, par l’escalier en colimaçon, en sacrant parce que j’ai de l’huile sur mon t-shirt. J’ai vendu mon vélo à mon voisin qui a l’air d’en être très content. Je peux encore admirer ses couleurs flamboyantes sur notre balcon commun. Et j’ai maintenant un peu plus d’espace dans mon appartement.

Il y a eu plusieurs ratés avec le nouveau site Web de Bixi. Celui-ci n’était visiblement pas prêt pour le début de la saison. Les premiers jours ont été plutôt frustrants. La page Facebook s’est transformée en une longue litanie de plaintes. Au téléphone, le personnel du service à la clientèle avait l’air découragé.

Les nouvelles publicités sur la roue arrière ont suscité beaucoup de réactions. Ce n’est vraiment pas élégant, de la part de Stationnement Montréal (la société qui gère le projet). Tous les utilisateurs véhiculent les publicités des trois commanditaires, à la force de leurs jambes, partout à travers la ville, comme des hommes-sandwichs roulants. Ils paient pourtant le gros prix. Le tarif est resté le même depuis l’arrivée des publicités. Et on paie à Montréal le double du prix du vélo libre-service à Paris (Vélib’) ou à Barcelone (Bicing) et un peu plus cher qu’à Londres (où les bixis montréalais ont été exportés pour devenir Barclays Cycle Hire). Les bixis ne sont toujours disponibles que dans les quartiers centraux de Montréal, le réseau est encore en rodage et les bixis ne sont sur la route que 7 mois par année.

Malgré tout, le test est concluant. J’ai hâte de finir ma journée de travail pour embarquer sur mon gros bixi. C’est un facteur de bonne humeur dans ma journée. Bixi, c’est mon ami.

Montreal Bixi stand

François Cardinal de La Presse a un tout autre son de cloche sur les publicités : l’article sur Cyberpresse.

Ces voix que l’on tait

On parle beaucoup en ce moment de cette collaboration annoncée entre Bertrand Cantat et Wajdi Mouawad. N’ayant pas l’habitude de fréquenter régulièrement le Théâtre du Nouveau Monde (la dernière fois que j’y ai mis les pieds, je me suis endormi), je me sens peu concerné par l’affaire. Mais je crois qu’une société a tout avantage à laisser s’exprimer l’ensemble des individus qui la composent, peu importe leur passé et les atrocités qu’ils ont pu commettre. Encore plus lorsque ces individus ont souffert de leurs actions et qu’ils ont manifesté des regrets et un désir de réparation. C’est ce qui fait qu’une société est humaine. Et c’est ce qui fait qu’elle évolue. Le silence et le déni mènent à la stagnation, à l’étouffement et à la mort. On peut enfermer quelqu’un. On peut le mettre à mort, dans plusieurs sociétés. Mais tant qu’il est vivant, il lui reste la parole.

J’ai lu sur plusieurs carnets que laisser monter Cantat sur scène, équivaudrait à cautionner l’homicide de Marie Trintignant. L’argument est un peu bancal. Écouter quelqu’un sur une scène ne signifie pas que l’on approuve et que l’on encense l’ensemble de son oeuvre. Au Québec, on a peut-être la mauvaise habitude d’applaudir n’importe quoi et n’importe comment. On aime en bloc et l’on ne fait pas dans la nuance. Aucun spectateur n’a l’obligation d’applaudir lors d’une représentation théâtrale. Avant de décider si la collaboration de Cantat et de Mouawad est une bonne chose, j’aurais envie d’entendre ce qu’ils ont à proposer. Il ne s’agit pas, faut-il le rappeler, d’un spectacle de Cantat, il collabore simplement à une oeuvre théâtrale qui sera portée par toute une équipe.

Je m’imagine madame Trintignant, du haut de son ciel qui regarde la scène. Cet homme qu’elle a aimé et avec qui elle a sombré jusqu’en enfer. Et qu’il l’a finalement tuée. Peut-être qu’elle lui en veut rageusement, peut-être lui a-t-elle déjà tout pardonné. Mais j’ai le sentiment que condamner cet homme au silence la ferait souffrir davantage. Une histoire comme la leur doit engendrer des mots, des images et des émotions. Et qui, mieux que lui, pourrait donner une voix et une issue à leurs souffrances, à leur histoire, pour que cette histoire ne soit plus inutile ?

Épuisé

Je n’ai plus la force de faire bouger la souris pour aligner mes idées de façon cohérente. À deux mois du demi-marathon, l’entraînement s’intensifie. Quelques courbatures se font sentir, particulièrement dans le bas du dos. Heureusement, les températures s’adoucissent graduellement, ce qui rend les sorties moins pénibles.

Ma dernière semaine à Zorro & co s’achève. Je suis fier du travail que j’y ai fait. Ma personnalité est totalement différente de celle de mon prédécesseur, et je n’étais pas certain que ça allait fonctionner. Au bout de seulement trois mois, je dois constater que c’est une belle réussite. Mission accomplie.

Je rêve de dormir pendant des jours entiers. Je rêve de contempler le passage des nuages ou l’arrivée des vagues sur une grève pendant des heures. Je rêve d’un feu de bois, d’un long massage. Je rêve de temps libre qui s’étendrait devant moi à l’infini.

Nuages