Inspiré de la série de billets Vélib et moi de Patrick Antoine.
J’y pensais depuis l’arrivée en ville de Bixi. À ce moment-là, je venais tout juste de m’acheter un éco-vélo et je l’aimais beaucoup. Un éco-vélo, c’est un vélo monté (un peu n’importe comment) à partir de pièces recyclées, par des jeunes en réinsertion sociale, dans l’est de Montréal. Le mien était peint d’une surprenante combinaison d’orange fluo et de bleu ciel. Mais chaque hiver, l’éco-vélo se révélait un colocataire bien encombrant dans mon petit appartement. L’an dernier, quelques stations Bixi sont apparues autour de chez moi. La tentation devenait plus forte. J’aime l’idée. C’est un moyen de transport écologique, démocratique, avec un petit côté hipster, typiquement montréalais. Le design du bixi fite parfaitement avec les lunettes à grosse monture en plastique noire et la coupe de cheveux Xavier Dolan.
Le printemps avait beau être encore hésitant, j’ai fait le saut et je me suis abonné sur le site Web. Quelques jours plus tard, je recevais la clé qui me permettrait de prendre un vélo n’importe où, sans passer par la borne.
Le vélo est lourd et le centre de gravité est très bas. Ça donne l’impression d’être sur une trottinette à pédale. Et puis, on a beau pédaler comme un fou, ça n’avance jamais très vite. Il faut avoir l’air cool, respirer par le nez, admirer le paysage. Je n’ose pas imaginer comment c’est de monter une pente avec un bixi. Mais bon, les pentes sont relativement rares à Montréal. Le panier à l’avant est vraiment bien conçu. Avec les bandes élastiques, on peut y faire tenir à peu près n’importe quoi. Mais ce qui est vraiment bien, c’est ce sentiment de liberté. Je sors de chez moi, je marche jusqu’au coin de la rue. Il y a toujours un vélo qui m’attend. Je roule tout doucement jusqu’au boulot. J’abandonne le vélo à une vingtaine de pas de mon bureau. Pas de cadenas à traîner, pas de soucis pour les voleurs de vélo (qui sont légion à Montréal). Il pleut : je prends le bus. La pluie s’arrête : j’attrape un bixi. Je n’ai plus à monter mon vélo tous les jours au deuxième étage, par l’escalier en colimaçon, en sacrant parce que j’ai de l’huile sur mon t-shirt. J’ai vendu mon vélo à mon voisin qui a l’air d’en être très content. Je peux encore admirer ses couleurs flamboyantes sur notre balcon commun. Et j’ai maintenant un peu plus d’espace dans mon appartement.
Il y a eu plusieurs ratés avec le nouveau site Web de Bixi. Celui-ci n’était visiblement pas prêt pour le début de la saison. Les premiers jours ont été plutôt frustrants. La page Facebook s’est transformée en une longue litanie de plaintes. Au téléphone, le personnel du service à la clientèle avait l’air découragé.
Les nouvelles publicités sur la roue arrière ont suscité beaucoup de réactions. Ce n’est vraiment pas élégant, de la part de Stationnement Montréal (la société qui gère le projet). Tous les utilisateurs véhiculent les publicités des trois commanditaires, à la force de leurs jambes, partout à travers la ville, comme des hommes-sandwichs roulants. Ils paient pourtant le gros prix. Le tarif est resté le même depuis l’arrivée des publicités. Et on paie à Montréal le double du prix du vélo libre-service à Paris (Vélib’) ou à Barcelone (Bicing) et un peu plus cher qu’à Londres (où les bixis montréalais ont été exportés pour devenir Barclays Cycle Hire). Les bixis ne sont toujours disponibles que dans les quartiers centraux de Montréal, le réseau est encore en rodage et les bixis ne sont sur la route que 7 mois par année.
Malgré tout, le test est concluant. J’ai hâte de finir ma journée de travail pour embarquer sur mon gros bixi. C’est un facteur de bonne humeur dans ma journée. Bixi, c’est mon ami.

François Cardinal de La Presse a un tout autre son de cloche sur les publicités : l’article sur Cyberpresse.