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Billet avec le mot-clef ‘travail’

Kevin dans les serres

Il paraît que c’est la faute à La Niña cet hiver en dents de scie, ces grands froids qui succèdent aux pluies verglaçantes. J’ai la chance, grâce à mon travail, de pouvoir m’échapper périodiquement du froid. Et comme je risque fort de me retrouver aux chômages dans une semaine, aussi bien en profiter. Ces jours-ci, je passe mes heures de lunch à admirer le feuillage des bananiers ou à respirer les parfums étonnants des orchidées tropicales tout en marchant dans les serres. Poursuivre la lecture

Le cadeau

Pendant la période de Noël, j’ai mis de côté mon caractère sauvage et misanthrope pour côtoyer la famille et les amis. C’est avec un certain soulagement que j’ai replongé dans le travail entre Noël et le jour de l’an. La plupart de mes collègues sont encore en congé. Je suis seul avec les plantes dans le grand bureau. Même la clientèle a déserté le Jardin. J’aime beaucoup travailler en solitaire dans le silence et être le seul maître à bord. Et je bosse en ce moment sur un projet qui m’intéresse. Je devais en principe être au chômage en janvier. J’apprécie ce sursis inattendu qui m’a été offert jusqu’à la fin du mois. Poursuivre la lecture

Soudain

Une bouffée de révolte, une plainte sourde. Sans attendre, je me relève et je me lance à nouveau. Pause. Repli stratégique, je réfléchis. Je me transforme. Je deviens celui que je crois qu’il faut être : plus petit ou plus grand, plus noir ou plus blanc. J’essaie encore de me faire une place dans le cadre. Il le faut. J’espère et je me blesse.

Même si je pressens que ce sera inutile, je m’obstine, j’en fais une affaire personnelle, une question de valeur. Peine perdue. Ce n’est pas ma place. Je ne suis juste pas à ma place. Je ne fite pas.
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Au bout de la nuit

Je suis arrivé à me coucher plus tôt depuis une semaine. Je vois la différence, je me sens mieux le matin. Je traverse des vagues de colère. Contre mon deux de pique de propriétaire, contre ma job, contre toutes les injustices de cette vie. La peur ébranle ma démarche quand je sens le froid qui s’installe et la nuit qui gagne chaque jour du terrain. Mes jours se ressemblent, tous. Ils sont pilotés par l’instinct de survie. Il me mènera bien au bout de la nuit. Et j’arrive à gérer mes attentes irréalistes. Je respire. J’observe. J’écoute. Je dormirais bien jusqu’au printemps. Mais, je ne suis pas un ours. Je dois traverser cet hiver, les yeux grands ouverts. Poursuivre la lecture

Une douce colère

Une douce colère coule vers mon cœur d’Indien. Des frissons révolutionnaires courent sur ma nuque devant la mise à mort de l’été. J’ai lâché les rêves que j’ai poursuivis ces derniers mois. Je les regarde s’éloigner en m’accrochant à une idée : à chaque instant, tout est possible. Personne ne peut dire ce que sera demain. En attendant, j’accuse les coups. Mais je suis fatigué de relever la tête, de remettre l’épaule à la roue. Il me semble que j’ai déjà suffisamment donné. Je suis un control freak, soit. On ne se refait pas. Mais j’ai appris qu’à l’entrevue, les dés étaient pipés. Poursuivre la lecture

My boring life

Elle dit que j’ai besoin de cadres pour me rassurer. J’aime planifier les choses, les organiser, être en contrôle de la situation. C’est ce qu’elle a perçu pendant l’entrevue. Je n’ai pas beaucoup d’expérience de voyage d’aventure, peut-être parce que je n’ai jamais recherché ce type d’expérience. Ils cherchent quelqu’un qui sera plus à l’aise pour naviguer avec fluidité entre les imprévus, les changements et les contretemps. Elle se demande comment je pourrais gérer le stress dans un contexte où je ne contrôle rien, secoué par la houle perpétuelle et la promiscuité d’un voilier. Poursuivre la lecture

Le trou de la serrure

Parfois, j’ai l’impression que tout est possible. Ça dure un court moment, un instant suspendu. Mais je m’y accroche. Je fais tout pour l’étirer avant de replonger dans le noir. Et puis il y a ces gens qui m’aiment, pour rien, gratuitement. Malgré ma sauvagerie, mes grands airs, ma maladresse. Ils sont tout. Ils sont ma vie. Et je me rappelle cette chance que j’ai, celle d’être vivant, avec tous mes morceaux, de courir, de voir et d’entendre. Si on regarde ma vie, par le trou de la serrure, tout va bien. J’ai pour le moment un travail qui m’intéresse, souvent, et qui me laisse assez de temps libre pour écrire et courir. Ma santé semble être sur les rails. Je me convaincs même que je vais réussir à terminer le marathon. J’en suis à 26 km. Pourquoi chercher plus loin ? Rien ne sert de vouloir voir plus loin.

Je sais les embûches qui se dressent devant moi pour les mois à venir. Je les connais déjà, ce pourrait être un avantage. Je sais cette force d’inertie qui me pousse à m’écraser, à ne plus bouger. Mais je me souviens aussi que j’ai déjà vécu pire, bien pire. Et que je suis passé au travers. J’ai connu des succès. J’ai ouvert mes frontières. J’ai fait des pas sur des chemins que j’ai choisis. Un pas à la fois, les yeux rivés sur le trou de la serrure. Tu traverseras le pont une fois que tu seras arrivé à la rivière.

Keyhole

Les plans

J’avais acheté un billet de loto pour le dernier tirage de Loto-Québec, le gros lot de 40 millions. Quelques dollars pour un bout de papier, un amadou pour le rêve. Je fais ça parfois, quand les embûches devant moi me semblent inextricables. Un genre de vacances par l’imaginaire.

C’était un exercice que l’on faisait, dans un groupe d’orientation à l’Université. Ça permet d’imaginer le futur sans contraintes et de mettre le doigt sur ce qui est essentiel. En marchant ces jours-ci, dans l’air brûlant, je savais parfaitement ce que serait ma vie si je devenais riche du jour au lendemain. Je n’ai pas encore vérifié le billet, mais je crois que je n’ai pas gagné. On m’a dit que c’était un gars de l’Ontario qui avait empoché le gros lot. C’est un retour à la réalité. Mais avec des idées derrière la tête, des images et comme un goût de possible sur le bout de la langue.

C’est certain qu’être riche règle bien des problèmes. Mais j’imagine que d’autres difficultés apparaîtraient. Le confort et la facilité sont des tentations qui peuvent nous faire dériver très loin de nos idéaux. Le combat pour venir à bout des difficultés nous rend plus fort, plus adroit, plus débrouillards. Plus sensible aussi à la détresse des autres. Qui serais-je si je n’avais pas eu à affronter tout ce que j’ai dû affronter ? Qui serais-je si je n’avais pas trempé mon caractère, ma compassion, mes idéaux dans la souffrance ? Même les périodes de solitude ont leurs avantages. Elles nous ramènent à nos propres responsabilités et sont l’occasion d’approfondir une relation qui colorera toutes les autres, celle que l’on entretient avec soi-même.

J’en suis donc à faire des plans. D’abord pour trouver un nouveau travail et un nouvel appartement. Les idées ne manquent pas, mais je dois les ordonner et définir des étapes et des échéanciers. Je veux un appartement où je me sentirai mieux, avec du soleil et suffisamment d’espace pour recevoir des amis à souper. J’aimerais avoir un chien, éventuellement. Je veux toujours faire de la rédaction, mais je veux oeuvrer principalement dans le communautaire, aider par la relation, nourrir les motivations, changer le monde à toute petite échelle, un mot ou un geste à la fois. Définir des objectifs, et en planifier l’atteinte, m’oblige à confronter mes limites, mes erreurs du passé et ma peur, surtout celle de l’échec. J’en ai parlé à quelques personnes. Verbaliser ce que je veux m’empêche de me défiler le moment venu. C’est aussi une façon de tendre des perches. On ne sait jamais où une porte s’ouvrira.

« Le bonheur, c’est comme du sucre à la crème. Quand t’en veux, tu t’en fais. » La véracité de cet adage est désormais validée scientifiquement, semble-t-il.

Une présentation de Ted (sous-titres en français offerts dans le bas de l’écran). Ce n’est pas la présentation la plus flamboyante, ni la plus touchante, mais elle soulève des questions très intéressantes, surtout dans une société comme la nôtre où le bonheur a autant d’importance.