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Billet avec le mot-clef ‘vide’

L’héritage de la perte

Je me relève très lentement des attaques de ce virus qui m’a terrassé pendant plus d’une semaine. J’ai perdu du poids. Je suis épuisé. Je dors en lambeaux. Je fais des rêves coup-de-poing. Dans l’un d’eux, je revisite mon enfance. C’est un stationnement, du béton mur à mur, où je suis totalement seul. J’ai beau me déplacer d’un coin à un autre, je ne vois que du vide. Pas le moindre brin d’herbe. Il n’y a pas âme qui vive.

Au fil des années, le temps a aiguisé ma solitude. Elle m’est devenue refuge. Je l’ai peuplé de mes chimères et je n’y suis jamais seul. Je l’ai connue confortable et rassurante. Poursuivre la lecture

À l’abri des regards

La vie suit son cours. Souvent interminable, parfois trop court. Toujours imprévisible (note à moi-même). Sans travail, je traverse ce printemps erratique comme s’il s’agissait des limbes. Avec le sentiment qu’il n’y a peut-être pas d’issues, que la grisaille pourrait être éternelle. Que de la solitude et du gris en lambeaux dans la lumière blafarde. J’ai du mal à croire aux possibles. Je lâche prise. L’espoir est, lui aussi, un oiseau rebelle, il reviendra quand son temps sera venu. Si je le laisse venir à moi. Poursuivre la lecture

His loss, ma douleur

Depuis quatre jours, je suis malade. La fièvre d’abord m’a cloué au lit. Je remonte la pente doucement, mais elle revient par vague. J’ai chaud. J’ai froid. Elle m’a laissé affaibli comme si j’avais cent ans. Ma révolte a beau me fouetter les flancs, la colère, me secouer, je garde la tête basse, les yeux baissés et j’avance à tout petits pas. Ça me laisse une voix éraillée et sexy.
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Le retour

Il a posé son sac sur le tapis. Il y pige l’essentiel : les vêtements qu’il porte, les médicaments. Il n’a rangé que les aliments périssables. Il n’a pas envie de revenir. Il a souhaité que ce recul lui donne l’énergie nécessaire pour s’attaquer aux changements à opérer dans sa vie. Entres autres, trouver un nouvel endroit pour vivre. Mais le choc initial avec la réalité est brutal. L’Internet devient une fenêtre à laquelle il s’accroche, même s’il sait bien que ses lumières ne sont qu’illusoires.

L’insomnie, oubliée, est revenue hanter ses premières nuits, comme si elle l’avait attendu. L’angoisse des lendemains. Il sait qu’il n’en peut plus des conditions dans lesquelles il vit. Il a tenté d’améliorer les choses, sans grand succès. Mais partir lui fait peur. Comment arrivera-t-il à joindre les deux bouts ? Il regarde le plafond, traversé par des vagues de colère, d’inquiétude et d’apathie. Il en a assez de ce quotidien où il se saigne pour les autres, sans rien recevoir en retour. Il ne veut plus donner. Il n’a plus rien à donner. Poursuivre la lecture

Jours perdus

Un samedi perdu. Je suis tellement brûlé que j’ai renoncé à aller courir sur la montagne fraîchement enneigée. J’ai dormi. J’ai lu, enroulé dans une couverture. J’ai dormi encore. Je savais qu’il ne servait à rien de lutter. Ces derniers temps, j’ai travaillé comme un fou pour me rendre indispensable. Mon poste peut être coupé d’une semaine à l’autre. Le matin, avant le travail, j’ai commencé à aller m’entraîner au stade. J’y suis peut-être allé un peu fort. Poursuivre la lecture

Friche

Je suis comme un champ en friche, un arbre dénudé, balayé, tour à tour, par des vagues de tristesse et de colère. Laisser aller ne va pas de soi, même s’il n’y a rien d’autres à faire. Adieu au voilier qui filera sans moi vers les Caraïbes. Adieu aux sensations du soleil sur la peau. Adieu aux parfums, aux rencontres. Adieu à la ligne bleue qui court en pointillé sur l’asphalte brûlant. Adieu à la médaille, au fil d’arrivée du marathon. Adieu à l’été. Adieu à l’espoir d’un été des Indiens. Adieu enfin à toutes ces déceptions. Poursuivre la lecture

Le vide

Le vide. Je fais des pieds et des mains pour le combler, le masquer, l’oublier, même momentanément. Peut-être devrais-je simplement l’embrasser. Peut-être retrouverais-je ainsi l’énergie pour m’attaquer à tous ces obstacles qui s’accumulent devant moi. Qui sait ? Immédiatement après avoir relancé M. Right, je l’ai regretté. Je me suis mis à compter les heures en attendant frénétiquement une réponse et en me répétant qu’il n’y en aurait probablement pas. Je nageais alors en eaux connues. Je suis à l’aise, confortable, dans le rôle de celui qui attend.

Pour me distraire, je ne choisis que des histoires impossibles : David à New York (8 heures de train) ou le Minotaure (et son chum fantôme). J’imagine que j’ai pressenti l’inaccessibilité de l’homme de la lune. Sinon je n’aurais jamais laissé cette histoire perdurer. Je meuble le vide qui me fait peur, sans mettre en péril mon fragile équilibre. Tous les obstacles sont bons. Pourvu que les chances d’avoir à me dévoiler demeurent les plus minces possible. Qui ne risque rien n’a rien. No risk, no reward. Alors je reste les mains vides. Me limiter au rêve, c’est la stratégie que j’ai adoptée. Les rêveurs sont toujours sympathiques.

Du coin de l’œil, je regarde en rêvant la dérive de ma vie. L’été qui glisse vers sa fin à une vitesse lente et vertigineuse. J’accumule les kilomètres, au fil des semaines. Je découvre de nouveaux muscles à travers de nouvelles douleurs. Mais la course demeure le domaine où je goûte à la réussite. J’épuise méthodiquement mes recours contre mes voisins. Je me bats avec les puces dans l’appartement. Il en reste toujours quelques-unes qui réapparaissent à chaque fois où je pense en être venu à bout. Ma vie n’a rien de reluisant et je n’ai pas très envie que qui que ce soit y mette le nez. Je m’entoure d’un brouillard de mystère. Je fais ça depuis l’enfance, une carapace de brume. C’est toujours plus facile de briller au milieu de la brume.

Peut-être devrais-je simplement embrasser le vide. C’est ce que je me disais quand M. Right a levé la main en disant : « présent ». J’avoue que je suis un peu désarçonné. Il va falloir que je balaie un peu la brume devant moi. Je sens un fond d’inquiétude qui bourdonne. Et si… on n’avait plus rien à se dire ? J’essaie de me convaincre qu’il aura sûrement un empêchement de dernière minute. Mais ça ne tient pas la route. Il a vraiment l’air de vouloir que la rencontre ait lieu, et on dirait que c’est justement ce qui m’inquiète. Dans quoi est-ce que je me suis embarqué ? Parfois, j’agis sans réfléchir, et c’est toujours à ce moment-là que je fais les meilleurs moves.

Tôt le matin

Noir

J’ai souvent dit que je n’ai pas peur de la mort. C’est probablement faux. Et c’est la présence de la mort que je pressens, quand je m’approche des limites de l’épuisement.

Je rêve beaucoup en ce moment. Une soif d’évasion. Les rêves de fin de nuit me transportent hors de ma vie. J’y expérimente des combinaisons de sentiments complètement inédites. Je me réveille face à de nouvelles perspectives. Depuis quelque temps, je traverse une période noire malgré l’été éblouissant. L’entraînement est difficile, je compte les jours qu’il me reste à traverser. 49. Et j’appréhende le crash d’après course. Le soleil est implacable, jour après jour. Les douleurs physiques s’accumulent. Mais le pire ce sont ces voix qui me répètent que ce n’est jamais assez et ma peur de l’échec et ces blessures ouvertes aux quatre vents. Seulement ne pas arrêter, les yeux rivés au bout de la route.

J’ai choisi de ne pas postuler pour ce poste aux conditions avantageuses à la ville, où je me serais ennuyé à mourir. J’ai fait une excellente entrevue pour un petit contrat pas du tout payant pour lequel j’étais le candidat idéal. Ils ont choisi de prendre quelqu’un d’autre. Chaque soir quand je rentre, les problèmes avec les voisins et l’appartement me minent le moral. La sœur d’une ancienne collègue de Zorro est décédée la semaine dernière. Nous avions exactement le même âge. Une tumeur au cerveau à l’évolution fulgurante. J’imagine la stupeur, le vide soudain sous les pieds de ceux qui restent. Ce vide qui est toujours là, pourtant. Mais devant lequel nous fermons les yeux. J’imagine la douleur de tout ce qui n’a pas été dit, de tout ce qui aurait pu être réalisé, et qui ne le sera jamais. Elle dit qu’elle se surprend à imaginer encore que sa petite sœur en est voyage, qu’elle est très occupée et que tout cela est temporaire. Les départs abrupts nous laissent démunis.

Mille fois, j’ai eu envie de tout abandonner pour le marathon. J’ai couru jusqu’au lac Saint-Louis, depuis le Vieux-Port. La vue sur le large m’a donné le vertige et m’a serré le cœur. Le retour a été particulièrement pénible. Sur des kilomètres, le canal longe une autoroute. L’air avait la couleur du soufre. L’orage s’avançait sur la ville industrieuse. Rien n’avait plus de sens.

Pont Champlain en rénovation