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Billet avec le mot-clef ‘vie’

Accident

Je dis toujours qu’il n’y a pas de hasard. J’aime croire que les événements ont un sens, que tout est relié. Nul n’est une île. Mon pied cassé. Ma rencontre avec K. Le mauvais timing. Sa peur de l’intimité. Ce nouvel emploi aux défis démesurés. Ce déménagement désastreux sur un coup de tête. Les médecins qui me disent n’importe quoi. Et la fracture du métatarse qui ne se solidifie pas, malgré les mois qui passent. Je ne peux m’empêcher de chercher les raisons. Où ai-je été fautif ? Qu’est-ce que ça signifie ? Aurais-je tort de penser ainsi ?

J’étais enfin seul dans l’appartement. (Cette expérience de colocation n’est pas des plus heureuse. Le quotidien est lourd. Je savoure désormais chaque seconde de solitude.) J’avais pu dormir tard, un événement rare ces derniers mois. J’avais lavé mes draps rouge cerise. Je m’étais installé au soleil sur le balcon pour tremper mes craquelins de riz dans l’humus au poivrons rôtis. Je me sentais curieusement bien. J’étais en train de faire le lit dans ma chambre quand j’ai senti les feuilles du dracaena posé près de la fenêtre me caresser le dos. Je me suis retourné. La plante a basculé doucement, le pot est tombé sans bruit. Les tiges amortissant la chute. Mais en touchant le sol, le pot s’est brisé en trois morceaux. Et la terre s’est étalée sur le plancher comme l’univers après le big bang. Je suis resté figé. Un pourquoi dans les yeux. Poursuivre la lecture

La sortie

La vraie vie est dehors. Pour retrouver son fil, il faut s’aventurer hors de nos zones de confort. Il faut risquer d’être aveugle et sourd, de se montrer maladroit et d’avoir mal. Je veux remiser les habits de noces, me détourner des rêves préfabriqués et des constructions de mon esprit. Ouvrir les yeux. Sinon la vie nous passe sous le nez et l’on risque de rater le train.

C’est peut-être la quarantaine. C’est peut-être parce que je viens de regarder en rafales les cinq saisons de Six Feet Under, mais je suis habité par l’idée de la mort. Celle tout ordinaire, qui nous tombe dessus au moment où on l’attend le moins. Poursuivre la lecture

Après la colère

Après la colère, il y eut un désert, traversé çà et là de quelques bourrasques. Je n’ai pas écrit. Je ne me suis pas vidé le cœur en lançant mes mots acérés contre le beau barbu. J’aurais pu n’en faire qu’une bouchée. Je n’ai pas fixé sur le papier ce que je peux penser de certains de mes patrons. De leur immobilisme, de leur indifférence. Ce n’est pourtant pas les idées de qualificatif qui me manquaient. J’essaie de chasser la rancœur quand elle se pose sur mon nez. Je me suis tu et j’ai laissé le temps faire son œuvre de poussière. Poursuivre la lecture

Mouvement

L’une des choses que j’ai apprises à Vipassana, entre les périodes de méditation, c’est que les idées, les opinions ou les sentiments sont un flot en mouvement constant. Dès que l’on s’arrête pour l’observer, même la plus terrible colère disparaît en quelques instants pour faire place à autre chose.

Là-bas, pendant dix jours, il m’était interdit d’écrire, de parler et de m’échapper de moi-même par quelques moyens que ce soit. J’ai donc vu défiler en trombe : furie, espoir, tristesse, soulagement, jalousie, plaisir et violence. J’ai été tenté d’écrire, je me suis retenu. Tout a passé. Un éternel mouvement, qui ne s’arrête jamais. Poursuivre la lecture

Saint-Timothée

Personne ne sait ma peur quand je m’engage dans la rue Saint-Timothée. Elle est là, pourtant, tapie dans mon ventre depuis bientôt 15 ans. À chacun des rendez-vous où je me rends, je pense aux chiffres. Les résultats des analyses : quantité de virus dans mon sang, état de mon immunité, dommages aux reins, au foie. Depuis juin 2006, le virus reste indétectable. Mais je sais qu’il est toujours là, en attente dans des réservoirs, caché. Même si très peu de virus circulent, ils font tout de même des ravages silencieux, qui se confondent avec ceux des médicaments qui me mitraillent le corps, au quotidien. Poursuivre la lecture

My boring life

Elle dit que j’ai besoin de cadres pour me rassurer. J’aime planifier les choses, les organiser, être en contrôle de la situation. C’est ce qu’elle a perçu pendant l’entrevue. Je n’ai pas beaucoup d’expérience de voyage d’aventure, peut-être parce que je n’ai jamais recherché ce type d’expérience. Ils cherchent quelqu’un qui sera plus à l’aise pour naviguer avec fluidité entre les imprévus, les changements et les contretemps. Elle se demande comment je pourrais gérer le stress dans un contexte où je ne contrôle rien, secoué par la houle perpétuelle et la promiscuité d’un voilier. Poursuivre la lecture

Le trou de la serrure

Parfois, j’ai l’impression que tout est possible. Ça dure un court moment, un instant suspendu. Mais je m’y accroche. Je fais tout pour l’étirer avant de replonger dans le noir. Et puis il y a ces gens qui m’aiment, pour rien, gratuitement. Malgré ma sauvagerie, mes grands airs, ma maladresse. Ils sont tout. Ils sont ma vie. Et je me rappelle cette chance que j’ai, celle d’être vivant, avec tous mes morceaux, de courir, de voir et d’entendre. Si on regarde ma vie, par le trou de la serrure, tout va bien. J’ai pour le moment un travail qui m’intéresse, souvent, et qui me laisse assez de temps libre pour écrire et courir. Ma santé semble être sur les rails. Je me convaincs même que je vais réussir à terminer le marathon. J’en suis à 26 km. Pourquoi chercher plus loin ? Rien ne sert de vouloir voir plus loin.

Je sais les embûches qui se dressent devant moi pour les mois à venir. Je les connais déjà, ce pourrait être un avantage. Je sais cette force d’inertie qui me pousse à m’écraser, à ne plus bouger. Mais je me souviens aussi que j’ai déjà vécu pire, bien pire. Et que je suis passé au travers. J’ai connu des succès. J’ai ouvert mes frontières. J’ai fait des pas sur des chemins que j’ai choisis. Un pas à la fois, les yeux rivés sur le trou de la serrure. Tu traverseras le pont une fois que tu seras arrivé à la rivière.

Keyhole

La vie dehors

Voir petit, diminuer mes exigences, c’est un peu le contraire de l’éducation que j’ai reçu. Mais c’est une façon de faire que je dois apprivoiser. C’est le seul moyen de composer avec ces vagues de fatigue tout en menant de front le travail et le programme d’entraînement. Le printemps, s’il peut bien finir par s’installer, me donnera peut-être un coup de pouce. Je commence à en avoir assez des sorties dans le vent glacial. Après quelques semaines au Jardin, j’ai revu El poblano. Il est désormais le dernier de mon ancienne équipe à travailler pour Zorro & co. On s’est donné rendez-vous avec un autre ex-collègue pour le lancement d’un nouveau projet de prévention dans un bar de la rue Sainte-Catherine.

Je me suis retrouvé dans ce bar sombre, le Lagon noir. J’ai plongé dans ce brouillard de signes non verbaux, de regards entrecroisés et de souvenirs, parfois intense. La bouteille de bière comme une bouée pour surnager dans la foule trop serrée. C’était bon de les revoir, de constater que certaines choses ne changent pas et que la plupart d’entre eux sont plus qu’une définition de tâche. C’était un plaisir juste d’être ensemble pour cette soirée d’un printemps tardif, être ensemble dans un lieu sombre qui se voudrait rebelle et mal famé. La musique, le parfum du houblon, la testostérone dans l’air.

Mais je suis devenu vraiment pépère. Il était à peine dix heures et je réprimais un bâillement en pensant à mon lit. Pourtant, observer le ballet des bars glauque m’amuse et je goûte les vieilles complicités. Je suis rentré vers 10 h 30. Après ces dernières semaines de grisailles, de grésil et de pluie froide, la douceur de l’air étonnait. Tout près de chez moi, il y avait du monde sur les trottoirs, j’étais certain que les rues du quartier seraient désertes, un jeudi soir. Et je me suis mis à penser à toutes ces occasions que je laissais passer en m’enfermant chez nous. Toutes ces soirées où je reste coincé dans ma routine alors que le présent s’offre chaque fois, multiple et généreux. J’ai maudit cette fatigue. Mais peut-être que je lui cède trop facilement, ou que je lui accorde trop d’importance.

J’ai voulu me protéger. Je me suis fait une bulle, un quotidien de vieux garçon, en glissant sur la pente du moindre effort. Je m’isole et toutes mes interactions finissent par se cantonner au virtuel. Ce n’est pas par envie de m’isoler puisque je papillonne compulsivement d’un site à l’autre dans l’espoir d’une réponse, un signe de vie, un message.

Je veux des échanges, des discussions, de la chaleur. Les jeux de séduction purement sexuels ou les guerres d’ego ne m’intéressent plus. Même si la plupart du temps, je ne suis pas 100 % confortable dans les chassés-croisés relationnels. Tant de fois, j’ai répété au Cow-boy : « life begins at the end of your comfort zone. » Il n’a pas pu s’empêcher de me la remettre sous le nez, l’autre jour. Au Lagon noir, j’ai rencontré Hugo, le plus jeune des amis du Minotaure. Il m’a parlé de la prochaine soirée C’est Extra pour le dimanche de Pâques. El Poblano viendra avec moi. Je n’ai pas dansé depuis… je ne sais pas depuis combien de temps je n’ai pas dansé. Au moins deux ans, peut-être plus.

CHROMA