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Billet avec le mot-clef ‘vie’

Après la colère

Après la colère, il y eut un désert, traversé çà et là de quelques bourrasques. Je n’ai pas écrit. Je ne me suis pas vidé le cœur en lançant mes mots acérés contre le beau barbu. J’aurais pu n’en faire qu’une bouchée. Je n’ai pas fixé sur le papier ce que je peux penser de certains de mes patrons. De leur immobilisme, de leur indifférence. Ce n’est pourtant pas les idées de qualificatif qui me manquaient. J’essaie de chasser la rancœur quand elle se pose sur mon nez. Je me suis tu et j’ai laissé le temps faire son œuvre de poussière. Poursuivre la lecture

Mouvement

L’une des choses que j’ai apprises à Vipassana, entre les périodes de méditation, c’est que les idées, les opinions ou les sentiments sont un flot en mouvement constant. Dès que l’on s’arrête pour l’observer, même la plus terrible colère disparaît en quelques instants pour faire place à autre chose.

Là-bas, pendant dix jours, il m’était interdit d’écrire, de parler et de m’échapper de moi-même par quelques moyens que ce soit. J’ai donc vu défiler en trombe : furie, espoir, tristesse, soulagement, jalousie, plaisir et violence. J’ai été tenté d’écrire, je me suis retenu. Tout a passé. Un éternel mouvement, qui ne s’arrête jamais. Poursuivre la lecture

Saint-Timothée

Personne ne sait ma peur quand je m’engage dans la rue Saint-Timothée. Elle est là, pourtant, tapie dans mon ventre depuis bientôt 15 ans. À chacun des rendez-vous où je me rends, je pense aux chiffres. Les résultats des analyses : quantité de virus dans mon sang, état de mon immunité, dommages aux reins, au foie. Depuis juin 2006, le virus reste indétectable. Mais je sais qu’il est toujours là, en attente dans des réservoirs, caché. Même si très peu de virus circulent, ils font tout de même des ravages silencieux, qui se confondent avec ceux des médicaments qui me mitraillent le corps, au quotidien. Poursuivre la lecture

My boring life

Elle dit que j’ai besoin de cadres pour me rassurer. J’aime planifier les choses, les organiser, être en contrôle de la situation. C’est ce qu’elle a perçu pendant l’entrevue. Je n’ai pas beaucoup d’expérience de voyage d’aventure, peut-être parce que je n’ai jamais recherché ce type d’expérience. Ils cherchent quelqu’un qui sera plus à l’aise pour naviguer avec fluidité entre les imprévus, les changements et les contretemps. Elle se demande comment je pourrais gérer le stress dans un contexte où je ne contrôle rien, secoué par la houle perpétuelle et la promiscuité d’un voilier. Poursuivre la lecture

Le trou de la serrure

Parfois, j’ai l’impression que tout est possible. Ça dure un court moment, un instant suspendu. Mais je m’y accroche. Je fais tout pour l’étirer avant de replonger dans le noir. Et puis il y a ces gens qui m’aiment, pour rien, gratuitement. Malgré ma sauvagerie, mes grands airs, ma maladresse. Ils sont tout. Ils sont ma vie. Et je me rappelle cette chance que j’ai, celle d’être vivant, avec tous mes morceaux, de courir, de voir et d’entendre. Si on regarde ma vie, par le trou de la serrure, tout va bien. J’ai pour le moment un travail qui m’intéresse, souvent, et qui me laisse assez de temps libre pour écrire et courir. Ma santé semble être sur les rails. Je me convaincs même que je vais réussir à terminer le marathon. J’en suis à 26 km. Pourquoi chercher plus loin ? Rien ne sert de vouloir voir plus loin.

Je sais les embûches qui se dressent devant moi pour les mois à venir. Je les connais déjà, ce pourrait être un avantage. Je sais cette force d’inertie qui me pousse à m’écraser, à ne plus bouger. Mais je me souviens aussi que j’ai déjà vécu pire, bien pire. Et que je suis passé au travers. J’ai connu des succès. J’ai ouvert mes frontières. J’ai fait des pas sur des chemins que j’ai choisis. Un pas à la fois, les yeux rivés sur le trou de la serrure. Tu traverseras le pont une fois que tu seras arrivé à la rivière.

Keyhole

La vie dehors

Voir petit, diminuer mes exigences, c’est un peu le contraire de l’éducation que j’ai reçu. Mais c’est une façon de faire que je dois apprivoiser. C’est le seul moyen de composer avec ces vagues de fatigue tout en menant de front le travail et le programme d’entraînement. Le printemps, s’il peut bien finir par s’installer, me donnera peut-être un coup de pouce. Je commence à en avoir assez des sorties dans le vent glacial. Après quelques semaines au Jardin, j’ai revu El poblano. Il est désormais le dernier de mon ancienne équipe à travailler pour Zorro & co. On s’est donné rendez-vous avec un autre ex-collègue pour le lancement d’un nouveau projet de prévention dans un bar de la rue Sainte-Catherine.

Je me suis retrouvé dans ce bar sombre, le Lagon noir. J’ai plongé dans ce brouillard de signes non verbaux, de regards entrecroisés et de souvenirs, parfois intense. La bouteille de bière comme une bouée pour surnager dans la foule trop serrée. C’était bon de les revoir, de constater que certaines choses ne changent pas et que la plupart d’entre eux sont plus qu’une définition de tâche. C’était un plaisir juste d’être ensemble pour cette soirée d’un printemps tardif, être ensemble dans un lieu sombre qui se voudrait rebelle et mal famé. La musique, le parfum du houblon, la testostérone dans l’air.

Mais je suis devenu vraiment pépère. Il était à peine dix heures et je réprimais un bâillement en pensant à mon lit. Pourtant, observer le ballet des bars glauque m’amuse et je goûte les vieilles complicités. Je suis rentré vers 10 h 30. Après ces dernières semaines de grisailles, de grésil et de pluie froide, la douceur de l’air étonnait. Tout près de chez moi, il y avait du monde sur les trottoirs, j’étais certain que les rues du quartier seraient désertes, un jeudi soir. Et je me suis mis à penser à toutes ces occasions que je laissais passer en m’enfermant chez nous. Toutes ces soirées où je reste coincé dans ma routine alors que le présent s’offre chaque fois, multiple et généreux. J’ai maudit cette fatigue. Mais peut-être que je lui cède trop facilement, ou que je lui accorde trop d’importance.

J’ai voulu me protéger. Je me suis fait une bulle, un quotidien de vieux garçon, en glissant sur la pente du moindre effort. Je m’isole et toutes mes interactions finissent par se cantonner au virtuel. Ce n’est pas par envie de m’isoler puisque je papillonne compulsivement d’un site à l’autre dans l’espoir d’une réponse, un signe de vie, un message.

Je veux des échanges, des discussions, de la chaleur. Les jeux de séduction purement sexuels ou les guerres d’ego ne m’intéressent plus. Même si la plupart du temps, je ne suis pas 100 % confortable dans les chassés-croisés relationnels. Tant de fois, j’ai répété au Cow-boy : « life begins at the end of your comfort zone. » Il n’a pas pu s’empêcher de me la remettre sous le nez, l’autre jour. Au Lagon noir, j’ai rencontré Hugo, le plus jeune des amis du Minotaure. Il m’a parlé de la prochaine soirée C’est Extra pour le dimanche de Pâques. El Poblano viendra avec moi. Je n’ai pas dansé depuis… je ne sais pas depuis combien de temps je n’ai pas dansé. Au moins deux ans, peut-être plus.

CHROMA

Comme une bougie que l’on souffle

« I dare you to let me be yours, your one and only. I promise I’m worthy to hold in your arms. So come on and give me the chance… » Peter a publié ces mots sur son mur Facebook, probablement de sa chambre dans Washington Heights ou peut-être sur son téléphone, dans un bar du Midtown. Des phrases lancées à l’univers, comme une bouteille à la mer. Le Web est un creuset de solitude. Ironie, espoirs douloureux, déception… comment savoir ? On n’écrit rien pour rien.

48 heures ont passé le docteur trucmucheski n’a pas rappelé. Retour à la case départ. Tous les tests seraient négatifs. Je reste avec mes hypothèses et mes angoisses. Tout ce que je sais c’est que ça ne va pas. L’explication du reflux gastrique n’explique pas tout. J’ai déjà eu ce genre de problème, il y a cinq ans quand mon état de santé s’est détérioré. J’ai lu sur le Web qu’il y avait fréquemment des récidives. « Récidive », c’était le mot utilisé.

Je suis allé prendre un café avec Thomas, monsieur terre à terre en personne. Un café me suffit pour une nuit d’insomnie. Et la nuit, tout prend des proportions démesurées. Et j’ai pensé à la mort, ma propre mort. Je crois qu’il n’y a rien après. Ce n’est rien de plus qu’une fin, comme une bougie que l’on souffle. Il ne reste qu’une onde de chaleur dans l’air, un parfum de fumée, que le vent dissipe après quelques secondes. Le néant qui démontre la vacuité de nos vies. La vie n’a d’autres sens que celui qu’on lui invente. Que restera-t-il quand je ne serai plus là ? Un mauvais souvenir, des remords dans la tête de mes parents et de quelques personnes. Puis plus rien après quelques mois ou quelques années. Des photos de New York, des centaines d’articles glanés et postés sur Facebook, c’est probablement ce qui subsistera le plus longtemps.

Bang

Je vois le mur qui fonce vers moi et je ne réagis pas. Je me dis que c’est peut-être inévitable. Ça me fait peur, mais j’en ai vu d’autres et je ne sourcille pas. Semaine 4 de ma nouvelle vie. Entraînement, travail, régime militaire. Et je me lance, têtu. J’ai appris que j’étais plus coriace que je ne le croyais.

Je vois le mur qui fonce vers moi, c’est ce qui importe. Au moment où je l’aperçois, j’ai la possibilité de faire un pas de côté, un pas derrière. Je ne suis pas mis en échec, pas encore. C’est moi qui contrôle, qui ai les pieds sur l’accélérateur et sur le frein. Et il m’arrive plus souvent de sentir que c’est moi qui tiens le volant.

Je vois le mur qui fonce vers moi. Je le regarde. Et si je devais aller voir de l’autre côté ? S’il y avait une vie après le mur ? Si j’étais prisonnier dans la caverne de l’allégorie de Platon, la dernière frontière avant la liberté ? Peut-être la liberté est-elle encore plus terrifiante que le mur. Peut-être est-elle aussi inévitable. J’ai peur d’avoir mal comme j’ai peur de la vie. Parfois, il faut simplement fermer les yeux et faire confiance.

Mixed Brick Wall
Mixed Brick Wall par Chris Campbell, sur Flickr