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Billet avec le mot-clef ‘vie’

Mise à jour

Réfugié à l’intérieur, je regarde le soleil qui éclabousse les rues. La chaleur est accablante pour un mois de mai. Le climatiseur est une belle invention. J’en profite pour faire une petite mise à jour. Ça fait un bout que je n’ai pas écrit ici. L’envie n’y était pas. Peut-être me suis-je cogné le nez sur des limites nouvelles. Peut-être que la vie m’a pris tout mon temps.

J’ai terminé ma première semaine au Jardin. Une courte escale au paradis. Je suis encore frustré de l’offre que l’on m’avait faite, qui n’a pas tenu. Je suis le « bouche-trou » de service. Et tous les petits défauts de ce milieu municipal me sautent au visage. Malgré tout, je vis au rythme de la respiration ample du jardin. je travaille peut-être ici pour la dernière fois. Souvent, le midi, je vais m’asseoir sur une pierre sous les metasequoia du jardin alpin. Je ferme les yeux et mon âme se baigne dans le bruit du vent dans les cimes, dans les milliards de chants d’oiseaux ou les sons du ruisseau qui bondit entre les galets. Mes yeux s’abreuvent de vert tendre, de rose et de blanc. Je suis certain qu’apercevoir chaque jour autant de ciel a un effet bénéfique pour la santé. Les horaires réguliers vont me permettre de refaire mes forces. Je me rends au travail à pied. Les métros bondés ne sont plus pour moi qu’un mauvais souvenir.

Du côté des garçons c’est un peu la même chose. Je m’étais décidé à flusher définitivement le Minotaure. Pas disponible, arrogant, à la limite grossier. Le bon sexe c’est overrated, il paraît. (Il y a encore des moments où je l’ai dans la peau, mais ça passera.) J’ai revu Giacomo. Intéressant, attentionné, c’était le meilleur parti selon des amis. On s’est rejoint un après-midi devant le Archambault. Nous avons pris le traversier jusqu’à l’île Sainte-Hélène. On a respiré l’odeur du large qui flotte au-dessus du fleuve puis on est débarqué sur l’île qui vibrait au rythme du Pik-Nik électronique. Tout l’après-midi, il m’a parlé de son ex, un dénommé Nelson. À un certain moment, il s’est excusé. « J’veux pas t’emmerder avec mes histoires. » — « That was my job for a year when I worked for Zorro & Co. It’s okay, ça ne me dérange pas. » Finalement, je l’ai référé à un psychologue que je connaissais. Et je le reverrai, pour pratiquer mon anglais, mais je suis mieux d’oublier ça.

Vague impression d’un retour à la case départ. La vie n’est-elle pas qu’un éternel recommencement ? Les pieds sur la ligne, le regard fixé devant. Tout peut être possible. Les sauts dans le vide, je connais. Et cultiver les rêves est devenu ma spécialité. Et je cours toujours. Sous la pluie ou le soleil, dans l’ombre verte du mont Royal. Mon endurance physique et ma confiance se construisent, de jour en jour. Sans savoir où mes pas me mèneront, je cours.

Pourquoi j’écris

Je m’accroche à l’écriture, malgré tout. Et j’y reviens toujours, même si j’y suis infidèle. Voici maintenant le top 5 des raisons pour lesquelles j’écris :

5. Pour apprendre à écrire.
La langue est un outil puissant, capricieux, doté de possibilités illimitées. Et je suis loin de maîtriser le centième de son plein potentiel. Il paraît que c’est en forgeant que l’on devient forgeron.

4. Pour laisser une trace.
Comme le petit Poucet, j’ai toujours peur de ne pas retrouver mon chemin. J’ai souvent le sentiment d’être perdu dans ma propre vie. Je me rassure en me relisant et en remontant la suite des évènements, jusqu’au moment présent. Parfois aussi, c’est en relisant un vieux billet que je comprends ce qui s’est passé, des mois ou des années plus tard.

3. parce qu’il y a tant à dire.
En réalité, il me faudrait une armée de petits Poucets dévoués et disciplinés pour ordonner mes pensées et les coucher sur papier ou sur l’écran. Le temps passe si vite. (Encore l’angoisse du petit Poucet qui a peur de perdre des instants, des moments.)

2. Parce que j’y prends plaisir.
Les mots qui s’entrechoquent créent souvent des instants de pure magie. Ils ouvrent des perspectives nouvelles. C’est un jeu dont je ne me lasse pas. Un plaisir intellectuel, par moment, presque physique. Écrire c’est un peu comme faire un jardin. Un travail minutieux, régulier qui demande patience et temps. Un travail dont les résultats étonnent et font croire au miracle.

1. Parce que je ne sais pas parler.
Je pense que je dois être un peu lent d’esprit. Les bons mots ne me viennent pas au bon moment. J’ai besoin de temps, de silence pour clarifier mes idées et faire face à la violence de mes propres sentiments. Mais je me soigne. Et tout en écrivant, j’apprends à parler.

Les bras ouverts

Ce que je crains le plus dans le fait de vieillir, c’est la solitude. Elle s’étend partout, invisible et collante, comme une toile d’araignée dans laquelle on s’empêtre. Quand je me tourne vers l’intérieur. J’ai devant moi un gouffre. Un vide immense qu’aucune lumière n’arrive à éclairer. Les rayons de soleil font pourtant briller des tourbillons de poussières dorées quelques centaines de mètres plus bas. J’ai le vertige, je ne sais pas voler. Et J’ai peur. Tellement peur. Je me dis que ce serait beaucoup plus facile si je n’étais pas seul pour affronter le vide. J’arrive à apaiser la panique lorsqu’elle se lève, à calmer les plus hautes vagues. Vous me croiseriez dans la vraie vie et vous ne devineriez jamais la frayeur que je porte en moi.

J’ai peur d’être toujours seul. Et je sais pourtant que c’est inévitable, l’on naît seul et l’on meurt seul. On se croise, on se frôle, on vit trop souvent en parallèle. Heureusement aussi, parfois on se touche, on se connecte pour un moment, on se voit vraiment et l’on arrive à s’aimer. Mais la chanson dit que la vie sépare ceux qui s’aiment. Et l’humanité est une denrée si rare chez les êtres humains.

Je sais que la fatigue me rend plus vulnérable à ces moments de peur. Je suis alors désarmé, sans protection. Je n’ai pas l’énergie pour ruser, pour détourner la tête ou pour fuir. Je reste pourtant convaincu que ce sera toujours la meilleure façon d’affronter la peur, dénudé et sans armes. Avec des yeux d’enfants, et sans aucune autre certitude que le présent. Alors chaque jour, sans réfléchir, je me jette à nouveau dans le vide, les bras ouverts.

Avril

J’ai un cœur de papier. Heureusement que la vie garde toujours des printemps en réserve. Pour reprendre le fil de l’histoire, je voulais partir sur un nowhere. Tant bien que mal, j’ai bâillonné ma tête et mon ego et je me suis lancé dans le vide. Chasser, même pour un temps, les plans, les attentes, les inquiétudes a parfois la puissance d’un sortilège. Tout cet espace libéré attend désormais pour s’offrir à la vie. Je devrais toujours me souvenir qu’il suffit d’entrouvrir la porte pour que la vie s’y engouffre.

J’ai choisi de décrocher de l’intérieur, quand je suis au travail. J’ai désormais un certain recul et la bêtise du directeur ne m’atteint plus. J’ai semé au vent des mots qui disaient mon envie de changer d’emploi. Mon CV circule entre les Internets. Je l’ai envoyé sans véritablement en espérer quoi que ce soit, puisque je n’arrive pas, en ce moment, à savoir précisément ce que je veux. Je n’attends rien, donc. Mais j’en reçois des échos. Et sur le répondeur, hier soir, clignotait un message inattendu qui pourrait changer bien des choses.

Je n’avais pas plus d’attentes quand j’ai enfin rencontré le Minotaure. C’est l’ancien colocataire du Vénitien et son côté intello bourru m’intriguait. Il m’invitait à prendre un verre, sous-entendu : une rencontre sans lendemains, exclusivement pour que le corps exulte. J’avais eu une grosse journée et, même si l’on se limitait un verre, ça serait ben correct. Mais dès que l’on s’est frôlé, on a senti des étincelles. Je dois dire que ç’a été l’un des moments les plus agréables de la semaine, du mois, peut-être même de l’année. Agréable aussi, la longue discussion sur l’oreiller et la rapidité à laquelle il a fallu se rhabiller parce que le colocataire rentrait. Je devais partir, mais le colocataire a proposé d’improviser une salade avec des restes de poulet et des pommes de terre. Rien de très appétissant. Encore là, ce fut un délice inattendu. Et ce vin du Sud-Ouest, une surprise enthousiasmante. On a parlé de théâtre, du développement de Montréal, de la spécificité du Québec. Je suis finalement parti de là, après minuit, ensommeillé et légèrement ivre de plaisir.

Je me réveille ce matin et je dois me barricader et repousser les milliers d’attentes qui abattent les poings sur ma porte. Oui, c’est certain, je voudrais bien revivre de tels moments. Je n’arrive pas à m’enlever certaines images de la tête. J’ai le sourire étampé dans le visage avec les plis de l’oreiller. Mais je sais bien que chaque instant est unique. Et que s’accrocher à des images pourrait me faire manquer le prochain.

Nowhere

Sans attentes. C’est ainsi que je voudrais vivre, si je pouvais maîtriser complètement mes pensées et mes émotions. C’est lorsque je n’attend rien que je peux le mieux goûter chaque instant. Si je regarde en arrière, tous les moments les plus forts de ma vie étaient des imprévus, des situations auxquelles je n’étais pas le moins du monde préparé. Je suis plutôt du genre à me cantonner en terrain connu. J’ai ainsi l’illusion d’avoir un peu plus de contrôle. Ma tête est une machine qui s’emballe constamment pour planifier, organiser et imaginer chacun des pas que je pose devant moi.

Sans attentes. C’est ainsi que je voudrais écrire. Choisir de le faire sur un blogue, c’est un peu nager à contre-courant pour tenter de s’éloigner du centre d’un tourbillon. Le connu, le convenu, le désir de plaire m’attirent comme une force gravitationnelle. J’avais besoin de me battre ainsi contre moi-même. Peut-être que si je m’abandonne au courant, la force centrifuge me déportera un peu vers l’extérieur. J’ai envie de partir sur un nowhere. Sortir de mes histoires, ouvrir de nouveaux territoires, inventer qui je suis, c’est ce que je veux faire ici.

Écheveaux

Mon rapport aux autres a été difficile au cours de la dernière année, comme mon rapport à l’écriture. La ligne d’encre qui tremble et déroule ses arabesques sur le papier est mon unique fil d’Ariane, un lien ténu qui me rattache aux lendemains. Je perds trop souvent le fil.

J’aimerais que ma vie soit comme un train qui traverse la plaine. Un train qui roule en ligne droite vers une destination connue, fonçant sans hésitation, en berçant des passagers qui somnolent. Je rêve d’une vie ferroviaire.

Le travail me rend fou en ce moment, je n’arrive pas à démêler ce qui m’appartient et ce qui ne m’appartient pas. Ce que je peux changer, ce que je ne peux qu’accepter. Je ne sais pas vers quoi canaliser ma colère. Si mes vieux démons se réveillent, je voudrais les affronter en duel. Mais ils se dérobent et s’esquivent. Ils se moquent quand je frappe le vide. Comment départager regrets, jalousie et colère légitime ? Orgueil mal placé ou fierté nécessaire ? C’est un magma dans lequel je m’enfonce, en tentant d’avancer à tâtons.

J’aimerais que la page soit blanche et que la ligne que j’y trace soit claire. Une ligne qui file sans entraves et sans se soucier du passé. Je rêve d’une page vierge pour repartir à zéro. Écrire noir sur blanc, en toute liberté, loin des écheveaux complexes et des nœuds insolubles de ma vie d’aujourd’hui.

Sky is the limit

Prendre la vie à bras-le-corps, ça sonne bien, non ? Pourtant, par moment, je trouve que j’y vais un peu fort. Parfois, je préférais laisser la vie se tenir par elle-même. Mais c’est le choix que j’ai fait et je m’y tiens. C’est court la vie et j’ai trop perdu de temps. Au fil des dernières années, j’ai confronté mes démons. Un à un, je les ai acculés au pied du mur, sans jamais cessé de les regarder dans le blanc des yeux. J’en ai même exhibé quelques-uns comme des trophées de chasse. Au risque d’avoir l’air prétentieux, de recevoir des éclaboussures de pitié et les sentences des bien-pensants.

Pour être bien certain de les débusquer tous, je me suis trouvé un boulot où je devrais courir les bas-fonds. J’ai passé des soirées dans les lieux les plus glauques, dans les odeurs de poppers et de marijuana. J’ai la tête qui tourne à force d’entendre la bande-son des films pornos. C’est parfois ennuyeux, mais je suis là, soir après soir, pour tenir la main de la solitude, de l’isolement et du mal de vivre. J’ai travaillé dans des endroits où je n’aurais jamais mis les pieds : peep show, bar de cuir, terrains vagues. Poursuivre la lecture

Le vieux chemin

C’est parfois un parfum, parfois une mélodie. Une simple combinaison de notes, et la porte du souvenir s’ouvre violemment. Je n’ai qu’à tourner la tête et j’aperçois, face à moi, celui que j’étais à vingt ans. Moi je le vois très clairement. Lui ne me voit pas. Je suis sûr qu’il préfère baisser les yeux. Il est un peu couard. Il est aveugle, peut-être est-ce mieux pour lui. De toute manière, c’est toujours comme ça. Il est à la fois lourd et aérien. Chargé des milliers de rêves qu’il collectionne depuis l’enfance, pour ne pas couler dans la solitude, pour colmater ses brèches, pour s’aveugler un peu plus. Des rêves mur à mur, il s’en est fait une spécialité. Et léger, parce que tous ces rêves sont encore possibles. Ils ne se sont encore jamais heurtés à la réalité. Il est pressé. Il trouve que le temps ne passe pas assez vite. Il n’en peut plus d’attendre. Il a hâte à la vie.

J’ai une espèce de tendresse, une espèce de pitié pour celui que j’étais. Je voudrais le prévenir. Je voudrais le secouer. Je voudrais m’emporter pour lui, exploser de rage pour lui. Hurler sans relâche les mots qu’il ne dit pas. Parce qu’il se tait. Il se tait. Il n’en finit plus de se taire. Mais si le chemin s’ouvre à mes yeux. Il reste infranchissable. Toutes mes larmes ne peuvent rien y changer. Aucune larme ne remonte le temps. Poursuivre la lecture