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Billet avec le mot-clef ‘vih’

Sérophobie

J’aime bien cette campagne du Crips Île-de-France lancée à la Marche des Fiertés LGBT. J’ai rarement vu une campagne aussi positive pour contrer la sérophobie. La sérophobie est une peur irrationnelle basée sur l’ignorance et les préjugés. Elle est souvent lié à l’homophobie (le sida est la punition de Dieu au péché homosexuel, etc.). Ce juge de l’Ontario qui recommande la criminalisation de la non-divulgation du statut sérologique, même en l’absence de risques importants, est un exemple de sérophobie. Parler du VIH devrait toujours être sécuritaire à 100 %.

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Criminel

La montée de la droite me fait terriblement peur. Parfois, je préfère éteindre la radio à l’heure des nouvelles et m’éloigner un temps de Facebook qui les relaie. La Cour suprême du Canada entend ces jours-ci une cause qui pourrait avoir un impact majeur sur la criminalisation du VIH. Elle devrait clarifier l’obligation pour une personne séropositive de révéler son statut sérologique avant toutes relations sexuelles.

Les histoires en cause ne sont pas jojo, vous pouvez en apprendre plus ici : Criminalisation de l’exposition au VIH — La Cour suprême doit trancher, Stéphanie Claivaz-Loranger et Cécile Kazatchkine, Le Devoir, 8 février 2012. Il y a de plus en plus de poursuites au criminel au Canada contre des personnes séropositives. Nous sommes le deuxième pays où il y en a le plus, juste derrière les États-Unis. Poursuivre la lecture

Un certain jour de printemps

Voilà, je me lance…
Ça me fait un peu peur. Je me sens comme un volcan. J’appréhende les contrecoups d’un séisme.

C’était un matin de printemps, enfin. Le ciel était bleu. Tout le monde dans la rue avait l’air heureux. Les filles portaient des robes d’été. Partout des sourires. Je sortais de la clinique. J’étais en feu, à l’intérieur. Poursuivre la lecture

Le carrousel

Quand un garçon séronégatif rencontre un garçon séropositif, il traverse habituellement une phase que j’appelle l’ambivalence. Comme le chemin qui mène à l’illumination bouddhiste, elle peut durer 7 secondes comme 7 jours, 7 mois ou 7 000 ans. Il a envie d’aller plus loin dans la relation, mais ses peurs le retiennent. Il est partagé entre son désir et les rêves qu’il entrevoit et son envie de fuir. Une fois que les choses sont dites, que toutes les questions ont trouvé leur réponse, une fois en somme que le garçon séropositif a fait le bout de chemin qui est le sien, il ne lui reste plus qu’à attendre que l’autre se décide. Plonger ou pas. Magnétisme ou aversion. Poursuivre la lecture

Saint-Timothée

Personne ne sait ma peur quand je m’engage dans la rue Saint-Timothée. Elle est là, pourtant, tapie dans mon ventre depuis bientôt 15 ans. À chacun des rendez-vous où je me rends, je pense aux chiffres. Les résultats des analyses : quantité de virus dans mon sang, état de mon immunité, dommages aux reins, au foie. Depuis juin 2006, le virus reste indétectable. Mais je sais qu’il est toujours là, en attente dans des réservoirs, caché. Même si très peu de virus circulent, ils font tout de même des ravages silencieux, qui se confondent avec ceux des médicaments qui me mitraillent le corps, au quotidien. Poursuivre la lecture

Live with it

En janvier 2007, j’ai eu le coup de foudre pour cette campagne de publicité sociale. (Merci à Éric, de me l’avoir fait découvrir.) Ces clips ont été publiés sur mon premier blogue, au fur et à mesure que les épisodes étaient mis en ligne. J’avais envie de les avoir ici, rassemblés. Peut-être que certains lecteurs ne les ont jamais vus.

Production : Incendia Health Studios, une division d’Ignite Health LLC.

Il n’y a rien comme le noir pour faire éclater la lumière. En cinq épisodes, Live with it aborde avec peu de moyens, mais beaucoup de doigté les thèmes du déni, de la colère et de la culpabilité. Des sujets sensibles et très chargés. Je me reconnais dans chacun de ses personnages.

Live with it – episode I : Mudd

J’ai fréquenté pendant un an un groupe de soutien comme celui où aboutissent les personnages de cette série. Il y faisait plus clair, et l’ambiance y était souvent plus légère. Mais la première fois que j’y ai mis les pieds, c’était un pas énorme à franchir. Mon truc a été de ne pas réfléchir avant d’y aller. J’ai vu quelquefois des individus y arriver sous l’influence de l’alcool ou de la drogue. Au fil du temps, les histoires se dévoilent. Derrière le virus invisible se cachent des amoncellements de blessures silencieuses. Ce qui est particulièrement bien rendu par ces clips.



Live with it – episode II : Trevor

Trevor — « … Toute ma vie, j’ai prétendu être un autre. J’ai prétendu que j’étais un bon époux, que je serais un bon père. Je pensais que je pouvais juste prétendre que je n’étais pas séropositif… »



Live with it – episode III : Bobbie

Lorsque l’on vit dans le regard des autres, ce que l’on est réellement n’a plus beaucoup d’importance. Qu’est-ce que la beauté ?

Live with it – episode IV : Julio

« … Julio a 25 ans et il se passionne pour les vieilles voitures. Là s’arrêtent les stéréotypes du latino. Julio ne s’est jamais reconnu dans les valeurs de son milieu d’origine. Il a choisi la rue pour fuir un environnement familial étouffant. Et il s’est lancé à corps perdu dans une fuite en avant, en espérant ainsi trouver sa voie. Il vit à cent à l’heure sans jamais se retourner. Il ignore où tout ça le mènera. C’est simplement sa façon de survivre. Mais pour découvrir ce que la vie a à offrir, il faut parfois savoir s’arrêter… »



Live with it – episode V

La conclusion de la série. La rédemption est-elle possible ?

J’avais mis en ligne les clips sur Youtube sans prendre la peine de demander la permission. Quelqu’un de l’équipe de Ignite Health est tombé sur mon blogue. Et ça donne ceci.

Live with it, le site Web

Entre les lignes

J’écris souvent des textes que je ne publie pas. Parce que je les trouve trop sombres. Mon histoire familiale est lourde et entachée de honte. Et je ne veux pas qu’on me reproche de ressasser le passé et de me complaire dans le malheur (ou de justifier mes échecs). Alors je les garde pour moi. J’ai pensé les publier en fermant les commentaires. Mais ce serait pire, je les imaginerais. Il faut pourtant que je casse ces souvenirs en mots. La noirceur monte en moi par vague, ces jours-ci. L’actualité, la politique, toute la société qui m’entoure me met en furie. J’évite les bulletins de nouvelles, les journaux en ligne. Ma colère n’a pas de fin.

Je suis fatigué d’être fatigué. Parfois, je vois le virus comme un chat qui joue avec une souris. Il me secoue, me relâche. Il attend que je détale pour m’aplatir d’une patte. Je ne connais personne de mieux informé et de plus obsédé par sa santé que moi. Je suis fidèle aux traitements, malgré les cauchemars des assurances médicaments. Je compte les protéines, le fer, la vitamine B12. Rien n’y fait. Le contrôle m’échappe. La fatigue me rattrape. Les maux de ventre m’empoisonnent la vie et me rendent irritable. Rien de ce que j’avale ne passe bien. Le seul moyen d’arrêter les maux de ventre est de cesser de manger. Quand je ne cours pas, je mange peu. J’ai besoin d’un break.

J’imagine le marathon. Quelle immense pression je me mets en projetant cette épreuve en septembre. Ce midi sur la terrasse, Stéphane a dit que j’étais malade de vouloir faire ça. Si je le réussis, j’aurai au moins réussi une chose dans ma vie. Je voudrais courir un marathon avant de mourir. Qui sait combien de temps il me reste ? Je vois bien que je n’ai aucun contrôle sur l’avenir. Il n’y a pas de certitudes sur les années à venir. C’est maintenant qu’il faut courir. Le programme va bien, je crois. La course me fait du bien, comme les gens que je côtoie à travers cette activité. En m’entraînant, j’apprends à gérer mon stress, mes attentes et mes exigences. Le corps ne ment pas et ne tolère pas la tricherie. Et quand je cours, je suis libre.

Le nouveau test

Il m’a d’abord demandé les noms des trois médicaments que je prends. J’ai cherché. Il m’arrive souvent de chercher mes mots, comme s’ils se tenaient juste à la limite de ma conscience, hors d’atteinte. La preuve que ces mots sont remisés, loin. En commençant au jardin, je me disais que c’était le fait d’avoir abandonné le domaine pendant cinq mois. Une fois, j’ai cherché le mot « prêle » pendant dix minutes. Je suis rouillé. Je n’avais que leur image en tête. La goutte bleue, la capsule blanche, l’ovale doré avec une fente au milieu. Viread, Viramune et Ziagen. Je me souviens ! J’ai peur des pertes cognitives. Ça reste ma plus grande peur. Je sais que le jour où je perds ma tête, je n’ai plus rien.

Il m’annonce qu’aujourd’hui un nouveau test s’ajoute aux sept tubes de sang habituels, un échantillon d’urine. Le Viread pourrait avoir un effet secondaire que l’on ne connaissait pas auparavant. Pourtant, c’est un médicament que l’on utilise depuis longtemps et que l’on connaît bien. Il s’embrouille dans ses explications. Je n’écoute plus tout à fait. Il raconte quelque chose par rapport à une dysfonction des reins, des tubes qui se bloquent, des protéines qui sont rejetées au lieu d’être réabsorbées. C’est à ça que sert le test d’urine, déceler ces protéines inhabituelles dans l’urine.

Je ne cherche pas à comprendre. Je ne pose pas de questions. Je ne suis pas assez en forme pour affronter l’angoisse de l’inconnu. Et puis, j’ai bien assez de questions à lui poser. Je fais comme si je faisais confiance. Après tout, c’est lui le médecin. Il doit savoir ce qu’il fait. Une petite voix me répète que quand je perdrai un rein, ce n’est pas lui qui me donnera un des siens. Mais je ne vais pas vérifier l’information en ligne, je prends le Viread depuis au moins trois ans, il n’y a pas d’urgence. Je sais que distinguer le vrai du faux est un combat dans lequel je devrai m’engager. Affronter la peur me mènera inévitablement devant l’inconnu, tout au bout des questions. Et je ne suis pas d’humeur à lui voir la face, à lui. Pas aujourd’hui.

J’ai oublié d’utiliser le désinfectant avant de prendre l’échantillon. Une espèce de bonne femme hystérique frappait dans la porte pour avoir la salle de bain. Je ne lui ai pas dit qu’il y en avait une autre à côté. Je n’ai rien dit. Je suis parti un peu absent. Un peu troublé. Je n’ai pas pu dormir cette nuit-là. Toujours cette perspective de la fin, avant le temps. Je ne peux imaginer qu’est-ce que ça fait d’avoir les reins dysfonctionnels, mais j’imagine très bien la vie misérable que j’aurai avec une mémoire percée. J’ai trop chaud puis j’ai froid. Il faudrait que je parle. Je me répète qu’il faudrait que j’en parle. Mais depuis que l’homme de la lune ne m’appelle plus chaque semaine, mon téléphone s’est assoupi. Il était souvent en orbite, mais sa trajectoire demeurait stable, immuable, rassurante. Je ne vois personne à qui je pourrais en parler. La capacité d’écoute, liée à celle d’entendre, se fait rare. Je n’ai pas les moyens de payer un thérapeute. Pas pour le moment.

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Les trois dont j’oublie le nom.

Maggie Atkinson, Témoignage d’une tête forte, Vision positive Hiver 2010