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Billet avec le mot-clef ‘voyage’

11 questions

Quelques réponses aux questionnaire de Kab-Aod. Je n’arrive plus à retrouver le billet d’où elles proviennent. Comme je n’aime pas beaucoup les chaînes, celle-ci s’arrêtera ici. Elle continuera bien ailleurs.

1 – Hamburger ou sashimi ?

Bien que j’ai quelques remords écologiques, je préfère nettement les sashimis. C’est sur le tard que j’ai découvert les sushis, j’ai du rattrapage à faire. Les meilleurs au monde sont confectionnés sur la rue Laurier à Montréal, par le chef Tri du Tri Express. (Par contre, entre un cow-boy et un pêcheur, je préfère nettement le cow-boy. Question de goût.) J’aime les burgers saignants avec des oignons, et des champignons sautés, du fromage suisse et une sauce Dijon au miel. Poursuivre la lecture

Partir

Les jours rallongent imperceptiblement. J’ai l’impression que mes semaines s’étirent également. Le temps est long. Et l’hiver ne fait que commencer. Je suis témoin des contretemps et des problèmes qui s’accumulent, dans le projet pour lequel je n’ai pas été engagé. Ma nouvelle collègue de bureau devrait être l’une de celles qui partiront sur le bateau, pour parcourir le monde. Le chef de mission a l’air d’avoir un ego aussi démesuré que celui du directeur de Zorro & Co. Les tensions sont à leur maximum entre lui et mes patrons. Le bateau est toujours en cale sèche. Les problèmes ont l’air tellement inextricables que je pense que, finalement, c’est une chance de ne pas avoir été choisi. Le projet sur lequel je travaille pour les prochaines semaines est intéressant, mais pas follement stimulant. Mon esprit s’envole régulièrement pour aller planer entre les couches de nuages du ciel d’hiver. Poursuivre la lecture

Résolutions 2012

Dans les derniers jours de 2011, j’ai relu tout ce que j’avais écrit ici au cours de l’année qui s’achève. Ce fut une année difficile. Mais ce qui ressort, c’est la solidité avec laquelle j’ai composé avec les obstacles et les grandes déceptions, comme si j’avais gardé le cap, même sans pouvoir dire précisément quel est ce cap.

J’aime les résolutions. Je n’avais pas mis clairement mes résolutions 2012 sur papier que je plongeais déjà dans leur réalisation. Poursuivre la lecture

D’aventure

C’est en décembre que le vieux rafiot partira finalement. Avec une équipe réduite, il filera de Montréal aux Galápagos en passant par le canal de Panama. La personne qui a été engagée prendra l’avion en janvier avec l’équipe de tournage, pour se rendre directement là-bas. C’est une habituée du bateau, une amie du chef de mission. Mes chances étaient à peu près nulles.

Elle ne verra pas la mer des Caraïbes, cette fois-ci du moins. C’est l’étape dont j’ai le plus rêvé. Un mal pour un bien ? C’est ce que je me dis depuis le début, sauf que maintenant je commence à y croire. Poursuivre la lecture

Friche

Je suis comme un champ en friche, un arbre dénudé, balayé, tour à tour, par des vagues de tristesse et de colère. Laisser aller ne va pas de soi, même s’il n’y a rien d’autres à faire. Adieu au voilier qui filera sans moi vers les Caraïbes. Adieu aux sensations du soleil sur la peau. Adieu aux parfums, aux rencontres. Adieu à la ligne bleue qui court en pointillé sur l’asphalte brûlant. Adieu à la médaille, au fil d’arrivée du marathon. Adieu à l’été. Adieu à l’espoir d’un été des Indiens. Adieu enfin à toutes ces déceptions. Poursuivre la lecture

Épilogue

Irène fait glisser sa longue traîne sur la ville, indifférente aux mots. On l’a rétrogradée d’ouragan à tempête tropicale. Elle encolère la cime des arbres, gorge d’eau la trame des ruelles, inquiète les âmes sensibles. Moi qui espérais des tempêtes, je suis gâté. Le calme plat, très peu pour moi. J’y goûterai le jour de ma mort.

Quand j’ai publié le dernier billet, j’ai ressenti un immense soulagement. Je recevais en présent, des heures de liberté accompagnées d’une cape d’invisibilité. Et au fil des heures et des minutes, des centaines de portes s’ouvraient devant moi. Il s’agissait d’une fin nécessaire. Poursuivre la lecture

Les bateaux

J’ai rêvé du fleuve. J’aimerais bien un jour marcher sur le pont d’un navire qui descendrait le Saint-Laurent. J’ai rêvé des Îles de la Madeleine, toutes de ciel, de sable et de vent. Quand j’étais enfant, j’ai eu la chance de descendre le fleuve Casamance au Sénégal. En remontant vers Dakar par l’Atlantique, j’ai été pris de mal de mer et j’ai dû passer une partie de la nuit sur le pont en compagnie des poules, des chèvres et de quelques musiciens français qui chantaient du Cabrel, à laisser mon regard se perdre entre le ciel étoilé et les éclats de lune qui dansaient sur les vagues.

En travaillant avec El Poblano, j’ai réalisé quelque chose. Ce garçon a d’immenses qualités : brillant, sensible, courageux, drôle, intègre. Un jour, pendant un meeting, le soleil d’après-midi irisait sa nuque dorée. J’ai compris que sa beauté était inaltérable, puisqu’elle rayonnait de l’intérieur. J’ai rencontré dans ma vie peu d’hommes qui lui arrivaient à la cheville. Pourtant, je me souviens comment j’ai agi avec lui quand on s’est rencontré au Parking Nightclub. J’ai joué le jeu de la séduction, paniqué dès qu’il mordait à l’hameçon. Ensuite, j’ai gardé mes distances, encore plus lorsqu’il est venu s’établir ici. J’ai inventé toutes les excuses possibles. J’ai puisé dans les préjugés les plus éculés. J’ai grossi le moindre défaut que je pouvais lui trouver. Je n’ai pas donné la moindre chance à cette relation. De quoi avais-je peur ?

Nos routes se sont croisées. Il s’est bâti une vie ici, armé de patience et de rigueur. Il a trouvé un amoureux qui a su l’apprécier. J’ai manqué le bateau, un de plus, parmi tant d’autres. Combien de fois ai-je saboté des relations avant même qu’elles ne s’épanouissent par une espèce de réaction de peur hystérique ? J’ai souvent blâmé le VIH, le coupable tout désigné, l’annonce et la peur de la réaction. Le virus a pris tant de place dans ma façon de vivre et de réfléchir. Mais si je remonte loin dans mes souvenirs, avant l’arrivée du VIH, je réalise que je me comportais déjà de la même façon. Ce sentiment d’incompétence relationnelle, de honte était déjà ancré en moi. Avant le diagnostic que j’ai reçu à 26 ans, je me promenais d’un début d’histoire à un autre, de peines d’amour en peines d’amour.

J’attends et je regarde les bateaux s’éloigner vers l’horizon au rythme dansant des nuages. Au moins maintenant, j’en suis conscient. Et je soupire. Il n’en tient qu’à moi, je le sais. Y arriverai-je un jour ?

Birds of Îles-de-la-Madeleine

Magellan

Je blanchis. Une première mèche blanche est apparue au-dessus de mon front quand j’étais à New York. Depuis que je suis rentré, je porte toujours une barbe de quelques jours. Mais je ne peux pas la laisser pousser plus parce qu’elle aussi blanchit de plus en plus distinctement. Je règle le clipper à 2. Chaque décision que l’on prend, chaque pas que l’on fait a des conséquences. Elles courent devant nous comme des ronds dans l’eau, pour aller rebondir jusque dans notre avenir. Je le sais. Je le sais un peu trop, peut-être.

Je marche d’un pas mal assuré, secoué par la tempête. Je pense avoir pris la bonne décision en choisissant de quitter Zorro, mais je suis quand même inquiet. Je pense au Jardin comme à un havre. Mais pour l’atteindre, il me reste six semaines à traverser. Ces jours-ci sont particulièrement difficiles. La simple présence du directeur de Zorro & co. me donne de l’eczéma. J’en fais des cauchemars presque toutes les nuits. Tant bien que mal, j’essaie de mettre en oeuvre tout ce que j’ai de patience, de compassion et de détachement, pour dompter cette colère monstrueuse qu’il réveille en moi. Cette colère m’use. Je me dis qu’une réaction aussi forte a sûrement des choses à m’apprendre. Mais je ne comprends pas ce que j’ai à comprendre. Et ça me prend tout mon petit change juste pour rester la tête hors de l’eau, pour trouver l’énergie qu’il faut pour continuer, un jour après l’autre.

Magellanic Penguin
Magellanic Penguin by Tobrouk, on Flickr