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Billet avec le mot-clef ‘voyage’

Alchimie

Je courais sur un tapis d’or et de soie mouillée. Le rouge et l’orange étaient passés. Ne restait que le jaune, au sommet des érables, un jaune luminescent qui s’obstinait contre le ciel terne. Je courais et je me sentais porté par la montagne, bercé dans ses vieux bras de pierre, dans ses vieux bras cassés. Pourtant en m’arrachant du lit, j’ai failli renoncer. Semaine difficile, mauvaise nuit, le ventre en tempête. Le Mont-Royal a beau n’être qu’une simple butte. Il y a des matins où je le vois imprenable, comme l’Everest.

Puis en descendant par les rues étroites du Mile-End vers la Main, je partageais le trottoir avec John, sans parler. Je sentais en moi cette flamme qui se rallume parfois, quand on court au-delà, de l’autre côté des douleurs et des peurs quotidiennes. Nous allions rejoindre le groupe au Bagel’s. Le restaurant était bondé, comme toujours. Mélange de bohèmes, de hipsters et d’Anglo de souche. Je me suis retrouvé à une table avec le Cow-boy et d’autres Anglos, entre les vieux murs de brique et l’odeur du café. Ils savent que je veux apprendre l’anglais alors ils ne me font plus de cadeaux.

Je balbutie et j’enrage. Je perds des pans entiers de la conversation. Je parle sans aplomb, comme un enfant qui se doute bien que le mot n’est pas le bon et qui en invente quelques-uns au passage. Je n’ai d’autres choix que de plonger. L’énorme valise trône déjà sur le tapis du salon. Passeport, formulaires, guide de voyages s’accumulent sur le bureau. Le rêve de la Grosse Pomme devenu réalité m’intimide. Mais ce qui me trouble le plus, c’est que les nuées de peurs que je connais, celles qui me harcèlent depuis des années, ne semblent plus avoir de prise sur ma destinée. Elles me piquent, sans arrêt, comme des moustiques sur un taureau. Mais je sens bien qu’elles ne m’arrêteront plus. Je suis parti, déjà, de l’intérieur. Dans sa robe de soie dorée, même la montagne est derrière moi. Ces peurs ne font plus le poids devant le vide de l’inconnu.

Light through the Fall Colours
Light through the Fall Colours par MAJebara, sur Flickr

Clair-obscur

D’un côté la nuit. Seul dans mon lit, je me demande : et si j’achevais ? Si j’en étais à mes derniers miles ? Je ressens une immense fatigue. La première fois, on m’a dit que c’était normal à la fin de l’hiver. Puis on m’a dit que c’était normal à la fin de l’été. Finalement que c’était normal à l’automne. J’ai compris que j’étais fatigué et que je devais vivre avec. J’ai appris à baisser mes attentes face à moi-même et à planifier ma semaine comme une course d’endurance. Il y a eu cette série d’articles dans La Presse sur le cancer qui décrivaient l’impuissance de la science et la désorganisation du système de santé québécois. L’état de mon immunité me rend plus susceptible de développer un cancer. Les puissants médicaments que j’ingurgite chaque jour et l’hormonothérapie augmentent également le risque. Finalement, le stress est un facteur prédictif. Je sais que c’est stupide, je sais que tout le monde peut ressentir la même crainte. Tout le monde nage dans le doute, personne ne sait ce que l’avenir lui réserve. En ce moment, mon corps se rebiffe. Mes 300 petits CD4 chahutent. Fièvre, problèmes digestifs, maux de tête et nausées me secouent.
 
De l’autre côté, le jour. J’imagine le matin, dans quinze jours, où je quitterai la rue Bourbonnière à l’aube, avec l’énorme valise du Cow-boy. Le long voyage en train sur la voie qui longe le lac Champlain puis les monts Adirondack, jusqu’à la vallée de l’Hudson et l’île de Manhattan qui brillera de tous ses feux, dans la nuit d’automne. Puis je débarquerai sur Broadway, avec ma grosse valise. Je n’aurais jamais pensé vivre ça un jour. Alors que les couleurs seront presque terminées à Montréal, elles devraient être à leur meilleur dans la grosse pomme. Par rapport aux températures, je gagnerai un mois de temps doux. Un mois hors du temps, seul, pour apprendre une deuxième langue dans la plus grande ville du monde, la nouvelle Babylone. J’ai vraiment l’intuition que ma vie s’engage dans un virage, que je suis en train d’opérer une rupture avec le passé. C’est à la fois vaguement troublant et enivrant.
 

Lost in Structuration (XV) : Psycho Inno
Lost in Structuration (XV) : Psycho Inno par Gilderic, sur Flickr

Et je balance entre la nuit et le jour, les moments d’angoisse et d’excitation. Pendant ce temps-là, le temps file, à une vitesse folle. Les jours s’éteignent et se rallument. Sur le réseau de la ville, les nouvelles de la foule des employés circulent. Tous les jours, il y a des annonces de naissances et des avis de décès, des promotions, des départs à la retraite, des remplacements. Dans quelques jours, mon équipe sera dissoute. Nous partons retrouver nos vies, un peu tristes, fatigués et tous un peu enrhumés. Les milliers d’enfants qui ont visité le Jardin pour l’Halloween nous ont refilé quelques virus. Il y a une faible possibilité qu’un poste s’ouvre pour un an. Un poste d’employé salarié cette fois-ci, et non pas de contractuel, qui me permettrait de recevoir du chômage en fin de saison. J’aurai des nouvelles en février ou en mars, si je ne trouve rien d’ici là. Passer trois mois sans aucun revenu risque d’être difficile. Je me mettrai à la recherche d’emploi et de contrat dès la semaine prochaine.

Sans savoir

J’ai les sourcils qui s’élancent vers le plafond, comme ceux de Languirand. La fossette dans la joue qui t’avait fait craquer se transforme en longue ride. Je vieillis. Le temps me blanchit. Moi qui pensais en avoir fini avec la crise de la quarantaine. Me serais-je mis le doigt dans l’oeil, jusqu’à l’épaule ? Je sens que je m’y enfonce.

La fréquentation de l’aspirant (je lui garde ce pseudo, même s’il n’aspire plus à rien) a réveillé mes pires complexes : ma peur de n’arriver à rien, de rester pour toujours un raté sympathique, inoffensif et surtout dont on se lasse rapidement. Un incompétent. Un incapable. L’isolement où je me suis replié n’aide peut-être pas, mais je pense encore que c’est la meilleure voie pour arrêter de revivre constamment la même chose.

La précarité me pèse royalement. La société s’enfonce et ça me fait peur. Je suis pris dans cette ronde endiablée d’emploi aux défis herculéens, aux conditions de misère et aux patrons sociopathes. Connaîtrais-je un jour autre chose ? Je me suis souvent accroché à cette idée. Mais, en ce moment, elle me glisse entre les doigts. Je ne sais plus. Peut-être serais-je désorienté jusqu’à ma tombe.

Des images m’habitent quand je regarde vers le Sud, du haut de la montagne dorée. J’imagine Manhattan encore baignée d’été alors qu’ici, l’hiver ne se cache plus. Je sais bien, un voyage en solitaire, même dans une ville mythique, ne réglera rien. Je voudrais juste que ce soit un élan, une aventure envers moi-même, un choc salutaire pour ébranler les carcans. Peut-être que dans une autre langue, j’apprendrai à me faire entendre et ce que je veux dire.

Old Bayview Avenue Bridge, one
Old Bayview Avenue Bridge, one par Lone Primate, sur Flickr

Le Minotaure

La vie m’amène à croire que chaque geste que nous posons se répercute à l’infini dans nos vies. Comme dans une machine à boule. Chaque pas nous ouvre et referme de nouvelles perspectives. La bille rebondit, les lumières clignotent, les pièges sont nombreux. La vie est un dédale, mais le temps est compté. Rien n’est innocent.

Theseus Minotaur Ramey Tuileries

Je choisis finalement de ne pas revoir le Minotaure, sans trop savoir comment je parviendrai à couper les ponts avec lui de façon définitive. Peut-être suis-je parfaitement stupide. Je trace peut-être une croix sur ce qui aurait été La baise de ma vie. Mais bon, La baise de ma vie ne pèsera pas bien lourd à l’heure de ma mort. La réalité nous réserve souvent des surprises quand elle se décide à dépasser la fiction. There are plenty of fish in the sea. Les bons amants ne courent pas les rues, mais je suis certain que j’arriverai à en dénicher en cas de besoin, en fouillant un peu.

Je vais probablement passer bien des soirées, seul à me morfondre. Je vais broyer du noir, peut-être me maudire. J’écris un peu ce billet pour prendre les passants à témoin et devoir m’en tenir à ma première idée. Les paroles s’envolent, les écrits restent. Je dis adieu à ses yeux de braise qui m’allumaient comme de l’amadou. Je dis adieu à son long corps qui finissait par trembler sous mes doigts. Adieu à cette chaleur, à cette complicité bourrue, à cette belle voix grave que je regrette déjà. Je m’en détourne pour regarder ailleurs. Ça pourra paraître follement arrogant. C’est peut-être un moment d’égarement. J’ai la prétention de mériter d’être aimé, pour de vrai.

Je ne suis pas plus sérieux ni meilleur qu’un autre. C’est juste que j’ai envie de prendre soin de ce désir d’autre chose qui me suit, partout où je vais. J’ai peur de l’oublier si je ne m’en occupe pas. Je vais respirer, m’arrêter juste un peu. Ce n’est que dans le silence et la solitude que naissent les possibles. Il faut leur laisser de l’espace et faire preuve de patience.

L’automne s’est imposé. Je porte la tristesse d’une équipe qui sera bientôt séparée. Chaque soir, des voiliers d’outardes fendent les nuages, chargés de pluie et de parfums, pour disparaître vers le Sud. Bientôt, je partirai moi aussi vers le Sud. D’ici là, je resterai seul, les yeux levés vers le ciel. Je finirai bien par entrevoir une direction dans les étoile. Chaque pas que nous faisons ouvre et referme de nouvelles perspectives. Chaque geste que nous posons se répercute à l’infini dans nos vies.

Compte à rebours

Prenez garde aux rêves que vous partagez, il risque de se réaliser.

Malgré le creux de vague actuel et cet automne moite et glacé qui tombe sur la ville, le temps avance à grandes enjambées. Et tout ce que j’ai mis en place pour que le voyage se réalise commence à porter fruit. De semaine en semaine, les détails s’accumulent, le projet se concrétise. Un biscuit chinois me l’avait dit : « Votre dur labeur sera bientôt récompensé. All your hard work will soon pay off. » Un biscuit chinois, bilingue en plus, ça ne sait pas mentir. Et j’ai gardé le bout de papier sur mon bureau, pour les jours de doute.

J’ai trouvé une chambre dans Queens. Mon futur colocataire, déniché sur Craiglist, s’appelle Michael. Il a deux bergers Shetland et pratique le kayak de rivière. J’ai reçu la lettre de confirmation de l’école et le formulaire I-20 pour passer la frontière en tant qu’étudiant étranger. Le cow-boy va me prêter sa plus grande valise. Presque tout est déjà payé, à part la carte mensuelle pour le métro et la bouffe. Les semaines de gros stress et de découragement (quand rien ne voulait débloquer) ont laissé la place à une surexcitation puis, maintenant, à un calme fébrile. Comme le trac d’une veille de Noël heureux. Je compte les jours. In about 30 days, I will be walking in the streets of New York.

« … All this summer I knew that I’d be coming out here but somehow the idea wasn’t quite real. It’s just as well that I didn’t spend too much time thinking about it because nothing would have prepared me. L.A. si something else… »

Bret Easton Ellis, Letters from L.A.

Alone in New York from Giuseppe Vetrano on Vimeo.

Les heures bleues

Les nuits resserrent leur emprise sur le jour. Les matins et les soirs se barbouillent de bleu. J’ai plus de mal à sortir du lit aux aurores parce que rester lover sous les couvertures est devenu un plaisir trop grand. Je me barricade dans cette bulle tiède, entre les draps. J’ai toujours aimé les temps suspendus, ces instants où je flotte entre deux eaux.

Parfois, il faut arrêter de réfléchir. C’est ce que je me répétais l’autre jour en retournant m’entraîner au stade. Ne pas réfléchir et se laisser surprendre par les petits plaisirs qui jalonnent la route. L’habitude de fréquenter le gym s’est doucement incrustée dans ma semaine. Je ferai la même chose pour le voyage à New York, sauter à l’eau. Oublier les psychopathes et les escrocs et se dire que la majorité des gens peuvent être gentils.

Le charmant Jardin où j’ai travaillé tout l’été met à pied toute l’équipe avant la fin de la saison parce qu’il n’y a plus de budget. Officiellement, les employés sont mis à pied par « manque de travail », ils ne peuvent pas justifier qu’un contractuel poursuive le travail. Je suis donc jeté avec l’eau du bain. Mon contrat qui devait s’étirer jusqu’en novembre se terminera abruptement plusieurs semaines plus tôt que prévu. Je prends ça avec beaucoup de zénitude. Il y a de la frustration, mais elle sourd lentement, sans à-coups. Je me détache comme une feuille à l’automne. Le processus d’abscision est irréversible.

Ça se confirme. À la fin d’octobre, mon train traversera les couleurs et les ombres de la Nouvelle-Angleterre. Je débarquerai à New York, la ville de la démesure, la veille de l’Halloween. Je vais être complètement surexcité. Et j’espère revenir avec plein d’idées dans la tête. Il le faut, en fait, parce que je reviendrai à Montréal sans le sou (ça me coûte une fortune) et avec rien devant moi.

Quand le soleil embrase le milieu de l’été, que le ciel est bleu, mur à mur, j’ai toujours un fond de tristesse qui infuse. Des peines anciennes qui remontent, quand elles devinent la vie trop douce. Je deviendrai très vieux avant d’avoir épuisé ces réserves de souffritude. Alors je préfère les nuances de l’automne, les plaisirs mélancoliques, la fragilité des heures bleues. J’y suis plus à l’aise. Je peux y sourire tranquille.

blue hour
blue hour par Will Montague, sur Flickr

Rebondir

Si rebondir est une faculté qui s’acquiert avec le temps, un muscle qui s’entraîne dans l’épreuve, je pense que je passe le test, haut la main.

D’expérience, je connais le chemin. Le premier pas est de lâcher-prise. Ça ne demande aucun effort et pourtant c’est la chose la plus difficile qui soit. Presque impossible, en fait, lorsqu’on est un angoissé qui se rassure en tenant serré les rênes de sa vie. C’est d’abord le corps qui doit se relâcher, s’abandonner, puis la tête qui doit accepter ce qui est. Finalement, le cœur exige d’être écouté et d’occuper tout l’espace jusqu’à ce qu’il se calme à son tour. Il a fallu que je baisse mes exigences. J’ai mis de côté l’entraînement et ma discipline. Les objets se sont accumulés un peu partout dans l’appartement. Je me suis couché trop tard. J’ai mangé trop de crème glacée au sucre d’érable. J’ai passé trop de temps à végéter devant la télévision ou sur le Web à regarder des comédies stupides.

Pour m’aider à accepter que mes plans de voyage à New York s’enlisait, je me suis laissé aller à imaginer des plans B. New York semble inaccessible : pourquoi pas Toronto ? Les prix sont comparables sauf que j’ai plus de contacts qui ont des contacts là-bas. Et à force d’y penser, de chercher, j’ai fini par trouver des charmes et des avantages à cette ville qui m’intéressait moins. La sage ville reine est beaucoup moins intimidante que la pomme gigantesque qui me fait terriblement peur. J’ai aussi envisagé que ce séjour linguistique pourrait être remis au printemps ou à l’an prochain. Ce n’était pas vraiment important, l’essentiel étant d’être en vie et de tenir debout.

Je sais, les rêves doivent être jardinés. Une fois le terreau préparé, les images engrangées, une fois que l’on s’est laissé émouvoir, il faut que le temps passe. Il faut laisser entrer l’hiver, malgré les frissons, si l’on veut espérer le printemps. Puis, au fil du temps, s’éveillent des tout petits plaisirs, comme des éclaircies dans le gris de septembre. La chaleur du lit dans l’obscurité au petit matin, des riffs de guitare échevelés dans mes écouteurs en lavant la vaisselle, une brise tiède dans un après-midi d’automne. Par intermittence, le sourire réapparaît et c’est un nouveau cycle qui s’amorce. Peut-être que lorsque l’on est au fond du baril, on ne peut que remonter. Une fois dégagé de toutes les exigences, je peux me permettre d’être juste bien. Et alors que j’avais fait le deuil du voyage à New York, faute de trouver une chambre, je reçois un courriel puis un second. Des propositions qui semblent intéressantes par des gens qui ont l’air sympathique, à des prix raisonnables.

De prime abord, cela m’irrite. Je m’étais fait à l’idée, j’en avais fait mon deuil. Puis je me dis que j’avais peut-être besoin de passer par là. L’épreuve de la réalité. Peut-être que ce projet de voyage à New York est encore possible. Un des New-Yorkais qui m’a écrit pratique le « urban rebound ». Une sorte de work-out sur trampoline. Ça doit être assez drôle et excitant. Un jour, j’aimerais bien l’essayer.

Photographie : Resounding Rebound par CarbonNYC, sur Flickr

Le bunker

Il y a neuf ans, tonnait le 11 septembre. Désormais, personne ne serait plus à l’abri. Écroulées, les illusions, les certitudes. En cendres, les velléités d’éternité. La paix n’existait pas. Pour la fin de l’été, j’ai voulu voir la mer. J’en ferai des jolies phrases un jour. Pour le moment, j’en ressasse les mauvais souvenirs. Ça n’a pas été là-bas.

Et je suis fatigué de lutter. Je n’ai jamais eu de talent pour la vie sociale. J’ai pourtant fait des efforts, j’ai posé des gestes. J’ai patienté, j’ai tendu des perches, je me suis remis en question. Adolescent, j’ai traversé des années horribles à l’abri d’un bunker d’encre et de papier. La bibliothèque est devenue mon seul refuge. J’en ai assez de me battre. Je renonce. Je retourne au bunker.

Il avait dit tant de fois qu’il se sentait amoureux. J’ai vécu tout le contraire. Je n’étais pas celui qu’il cherchait et je l’ai payé cher. J’ai encaissé la haine et l’indifférence cachées dans les gestes, pris dans des jeux de pouvoir, voilés de mots rationnels et de bon sens. Je croyais être plus solide. Je m’en veux de ne pas avoir vu les signes, de ne pas avoir écouté mes doutes qui étaient là, évidents, dès les premiers instants. Je voulais voir la mer. Je suis revenu démoli, plus seul qu’avant. Je me sentais repoussant, idiot, incapable.

Le demi-marathon derrière moi. Mon projet de voyage prend l’eau. C’était un peu irréaliste de compter sur la bonté des gens, sur le bouche-à-oreille et sur les réseaux d’amis. New York est une ville monstrueusement gigantesque et je n’ai pas réussi à en trouver la clef. Je suis sur le point d’abandonner. J’ai pensé peut-être me tourner vers Toronto. Mais je n’ai plus envie de refaire toutes ces démarches. Et pourquoi partir alors que je n’aurai même pas d’emploi à mon retour ?

Tombés les projets, je retourne dans mon bunker. Travailler pour payer le loyer, manger, dormir et lire. Je vais courir parce que c’est un facteur d’équilibre qui m’empêche de sombrer. Je vais courir comme on promène un chien. Sinon, je dévore des livres jusqu’à ce que la tête élance. Quelques hublots pointant sur le monde : la radio qui babille, les soliloques de Twitter et de Facebook. Il y a les grands arbres du parc qui regardent passer les saisons, impassibles. Ils me servent de repères, de bouées lumineuses dans cette tempête qui présage celles de l’automne.

Ground Zero, New York City. October 26, 2001.
Ground Zero, New York City. 26 octobre 2001. par Rob Sheridan, sur Flickr